En Irlande, le village des ancêtres d'Obama croise les doigts pour sa réélection

Jewel Samad afp.com
Des bus entiers de touristes font désormais un détour dans ce village de 350 habitants, à 130 km de Dublin, pour voir la maison de son arrière-arrière-arrière grand-père, Falmouth Kearney, un fils de cordonnier parti en 1850 au Nouveau Monde. Et s'offrir une pinte au pub où l'homme le plus puissant de la planète s'est arrêté pour boire une Guinness et payer une tournée.

Pour nombre des habitants de Moneygall, le petit village irlandais où vécut un des ancêtres de Barack Obama, la réélection du président américain démocrate n'est pas seulement un souhait, c'est une nécessité.

Pour nombre des habitants de Moneygall, le petit village irlandais où vécut un des ancêtres de Barack Obama, la réélection du président américain démocrate n'est pas seulement un souhait, c'est une nécessité.

Car l'étape de quelques heures faite en mai 2011 dans cette bourgade par "O'Bama", comme certains l'ont surnommé ici, avec sa femme, à l'occasion d'une tournée en Europe, a changé leur vie.

Des bus entiers de touristes font désormais un détour dans ce village de 350 habitants, à 130 km de Dublin, pour voir la maison de son arrière-arrière-arrière grand-père, Falmouth Kearney, un fils de cordonnier parti en 1850 au Nouveau Monde. Et s'offrir une pinte au pub où l'homme le plus puissant de la planète s'est arrêté pour boire une Guinness et payer une tournée.

Mardi soir, c'est là que les habitants de Moneygall ont prévu de se retrouver pour suivre les élections américaines à la télé, avec l'espoir que "l'enfant du pays" se voie accorder un second mandat.

En attendant, le bar est décoré de petits drapeaux américains et un film sur sa visite passe en boucle sur un écran.

"J'ai été surpris de voir le nombre d'Irlandais qui venaient aussi ici pour voir à quoi ça ressemblait. Ca a vraiment dopé les affaires", explique le patron, Ollie Hayes, qui a élargi du coup ses heures d'ouverture.

Henry Healy, le cousin éloigné d'Obama qui lui avait fait les honneurs du village lors de sa visite, confirme: sa venue a donné à Moneygall "un vrai coup de fouet".

"Ce n'est pas seulement une histoire de commerce", souligne-t-il, mais "d'état d'esprit". Cela a permis "de renouer avec cet esprit communutaire qui s'était perdu à l'époque du Tigre celtique", le surnom donné à l'Irlande avant que son économie florissante ne soit mise à genoux par la crise de 2008.

"Nous voulons qu'Obama reste à la Maison Blanche et peut-être qu'il revienne ici s'il est réélu", ajoute Henry Healy.

Le village garde encore de nombreuses traces de son passage.

Des bannières étoilées flottent toujours le long de la rue principale. Le village, briqué de fond en comble pour l'occasion, reste impeccable.

Dans le magasin principal, une pile d'autobiographies du président jouxte les CD de la chanson composée à l'époque en son honneur par un artiste local: "Il n'y a pas plus Irlandais que Barack Obama".

Un peu plus loin, au "Café Obama", une figurine en carton du locataire de la Maison blanche, tout sourire, est accrochée au mur, non loin d'une affiche de sa campagne de 2008 avec le célèbre slogan "Yes we can" et sa version irlandaise "Is Feidir Linn".

"Nous n'aurions rien de ce que nous avons aujourd'hui si le président ne nous avait pas rendu visite", souligne Annette Costello, la patronne, en balayant après le passage de touristes espagnols.

En 2010, l'ouverture d'une autoroute à proximité avait tué le commerce de passage.

"Sa visite nous a remis sur la carte. C'est vraiment fantastique", ajoute-t-elle.

Julia Hayes, 82 ans, tenancière d'un pub haut en couleurs avec juste quatre tabourets au bar et un feu de tourbe dans la cheminée, approuve: "On n'a jamais manqué de visiteurs à Moneygall depuis, c'est sûr".

Comme la plupart des habitants, elle a une anecdote à raconter sur cette visite.

"Un soir, les services secrets ont débarqué ici avec des chiens renifleurs pour inspecter les lieux. Un agent m'a demandé de lui montrer les chambres. Il voulait que je monte en premier. Je lui ai dit: +jamais de la vie, je porte une jupe. Vous d'abord+. Et il a obéi", se souvient-elle, amusée.

A 100 kilomètres de là, à Graignamanagh, au sud-est du pays, l'élection américaine est loin de provoquer la même effervescence. C'est de cette région dont est originaire la famille de Paul Ryan, 42 ans, qui deviendra vice-président si le républicain Mitt Romney est élu.

"On en a un peu parlé au pub, c'est tout", confirme Tommy Prendergast, un homme politique local. "Les gens voulaient juste savoir qui avait des liens avec sa famille".