• Le chef de l’Etat a indiqué qu’il souhaitait privilégier les « journalistes sectoriels »
  • Son style de communication est à l’opposé de François Hollande

« Les journalistes qui se sont inquiétés peuvent se rassurer : l’Elysée n’entend pas faire le travail des rédactions. » Voilà comment la présidence de la République répond aux critiques formulées par Reporters sans frontières (RSF). Après avoir déclaré vouloir être « maître des horloges », Emmanuel Macron veut aussi indiquer sa « préférence pour chaque déplacement » pour l’accréditation des journalistes. Analyse avec Thomas Guénolé, politologue et auteur du livre Petit guide du mensonge en politique.

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Lors de son discours au Louvre, les journalistes regrettaient d’avoir été installés loin de la scène. Plus récemment, ils n’ont pas eu le droit d’assister à la photo officielle du gouvernement. Que signifie cette mise à distance physique ?

Emmanuel Macron envoie le message qu’il souhaite mettre fin à la promiscuité politico-médiatique, à l’entre-soi des médias et des politiques qui se fréquentent beaucoup. Il veut casser cette dynamique. C’est aussi la raison pour laquelle il souhaite abolir les déclarations en off.

Dans son courrier envoyé à Reporters sans frontières, l’Elysée aborde aussi la volonté de s'« ouvrir […] aux journalistes sectoriels ». ​Pourquoi vouloir éloigner les journalistes politiques ?

Les rédactions demandent de plus en plus aux journalistes de tout couvrir, peu importent les rubriques. Cela peut-être une façon de garantir des productions de fond. Mais ce débat devrait être abordé en interne par les journalistes et non être imposé par une instance extérieure au média en question.

Emmanuel Macron essaye-t-il de se démarquer de François Hollande, qui avait été très transparent ?

Effectivement. François Hollande avait une relation très casual avec les journalistes. Il se déplaçait souvent chez eux par exemple. C’était quelque chose d’inédit. Nicolas Sarkozy, avant lui, avait opté pour une stratégie de saturation, d’omniprésence, en imposant son tempo aux journalistes. Là, le nouveau président opte pour la parole rare. Une parole importante et précieuse au vu de sa présence raréfiée. Quand il choisit de s’exprimer, le temps s’arrête. On l’écoute.

Les journalistes vont-ils devoir s’adapter à ce nouveau fonctionnement ?

Evidemment, c’est un réveil brutal pour la profession. Emmanuel Macron a commencé à sevrer les journalistes et à les faire revenir à un modèle plus traditionnel, à la Mitterrand ou à la Chirac. Ce n’est pas habituel pour les journalistes. C’est la première fois depuis Jacques Chirac que le président refuse les journalistes de cour. Bien sur, ce dernier avait quelques copains dans les médias, comme Franz-Olivier Giesbert, mais c’est tout.

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Ce choix de la parole rare peut-il tenir sur la durée ?

Ça risque d’être difficile. On ne s’en souvient pas, mais au début de son mandat, François Hollande avait essayé de faire de même. Mais les médias ne l’ont pas laissé faire. A l’époque, ils avaient beaucoup souligné les couacs d’Hollande, son amateurisme. L’inconvénient quand on ne s’exprime pas, c’est que les médias construisent le récit sans vous.