Ils ont dû faire un choix : leur mairie ou leur circonscription. Alors que la campagne officielle pour les élections législatives commence ce lundi, les candidats avaient jusqu’à vendredi 18 heures pour déposer leur candidature. Mais la loi sur le non-cumul des mandats, votée en 2014, interdit aux politiques d’exercer un mandat parlementaire et une fonction exécutive locale en même temps. Résultat : selon le décompte effectué par le Monde, 36 % des députés ont renoncé à se représenter aux législatives de juin prochain. 20 Minutes a interrogé des députés-maires qui ont, comme Jean-François Copé à Meaux (Seine-et-Marne), préféré se concentrer sur l’avenir de leur ville.

Jean-Christophe Fromantin, député-maire de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine) : « Maire, le mandat de confiance »

Jean-Christophe Fromantin

Député (DVD) depuis 2012, Jean-Christophe Fromantin, 54 ans, se consacre à sa ville depuis 2008.

Des regrets ? « Oui, car j’estime qu’il y avait un enrichissement réciproque pertinent entre les deux fonctions.. Etre maire permettait d’avoir l’expérience de la commande d’une collectivité et de répondre aux problèmes nationaux de manière plus concrète. Cela donnait au député une véritable expertise, une pratique dans l’application des missions publiques. Je n’ai toujours pas compris la logique de cette loi ».

Pourquoi ce choix ? « Maire, c’est le mandat socle, le mandat de confiance. Dans un climat politique de défiance, le mandat local garde la confiance des gens. Quand les gens ont un problème avec l’administration ou avec l’Etat, ils viennent voir leur maire. Si on veut faire du neuf en politique, il faut le faire sur ce lien de confiance. On peut d’ailleurs mener des projets politiques d’importance, comme le projet d’exposition universelle [EXPOFRANCE 2025] que j’ai lancé. Et puis, faire le buzz à l’Assemblée, est-ce vraiment avoir un rayonnement national ? »

Nathalie Appéré, députée-maire de Rennes (Ille-et-Vilaine) : « Les villes sont de vrais laboratoires d’actions publiques »

La député-maire de Rennes Nathalie Appéré, ici en mars 2016, lors de la visite de la ministre du logement Emmanuelle Cosse.

Elue députée PS en 2012, Nathalie Appéré, 41 ans, a décidé de se consacrer à la ville qu’elle dirige depuis 2014.

Des regrets ? « Je l’avais annoncé dès mon élection comme maire en 2014. Je me mets en conformité avec la loi sur le non-cumul des mandats, que j’ai d’ailleurs votée »

Pourquoi ce choix ? « Ma volonté et mon ambition sont pour Rennes. Ce choix n’est clairement pas celui d’une volonté nationale. Mais les villes sont de vrais laboratoires d’actions publiques. On y met en place des réponses à des transitions qu’on ne sait pas aborder au niveau national (démographique, écologique, numérique) et qui peuvent être aussi des réponses à la défiance du politique aujourd’hui. Nos villes ont quelque chose à dire au pays et au monde, et Rennes en particulier ».

Damien Meslot, député-maire de Belfort : « Maire, un poste moins abstrait que député »

Damien Meslot

Député UMP puis LR depuis 2002, Damien Meslot, 52 ans, va se concentrer à la ville qu’il dirige depuis 2014. Il sera toutefois suppléant du candidat de droite mais précise qu’il ne redeviendra jamais député.

Des regrets ? « Non, car de toute façon, je suis favorable à ce qu’on limite à trois mandats dans le temps et je l’avais promis. J’ai été 15 ans député, j’estime avoir fait ce que je devais faire. J’ai vidé mon bureau sans amertume, ni regret. Il est temps que de nouveaux visages apparaissent ».

Pourquoi ce choix ? « Pour la proximité avec les gens et la possibilité de voir des réalisations que vous lancez. C’est moins abstrait que le poste de député. Je suis né ici à Belfort, j’adore ma ville et le mandat local est plus valorisant, on évite le tombereau de critiques promis aux parlementaires. Et face au 49-3 et aux ordonnances, que restent-ils aux députés ? D’être alignés comme des petits pois. Choisir l’ancrage local n’est d’ailleurs pas renoncé aux ambitions nationales, regardez Laurent Wauquiez ».

Gaby Charroux, député-maire de Martigues (Bouches-du-Rhône) : « Trouver les réponses au besoin de la population »

Gaby Charroux

Député PCF depuis 2012, Gaby Charroux, 75 ans, a choisi la ville qu’il dirige depuis 2009.

Des regrets ? « La loi sur le cumul des mandats, j’étais contre. Je trouvais que c’était une erreur, car il y a une complémentarité entre la fonction de député et celle de maire. Le risque, c’est d’avoir demain des députés hors sol, avec tous les mêmes profils : sortis de l’ENA et qui n’ont jamais mis le pied dans leur circonscription ».

Pourquoi ce choix ? « J’ai choisi de rester dans ma ville pour trouver les réponses aux besoins de la population, en application de mes valeurs et de mon engagement, comme le développement des services publics. Mais si on avait voulu lutter contre le cumul des mandats, il aurait fallu avoir le courage de verser une seule indemnité à un élu qui cumule trois mandats par exemple ».