Un atelier dessin, une course de 5 kilomètres, un brunch, des cafés-débats… Il ne s’agit pas de la programmation d’un festival mais du « Printemps de Macron » organisé ce week-end à Paris par les comités locaux d’En marche !, mouvement qui fêtera son premier anniversaire le 6 avril.

Au total, pas moins de 70 événements étaient inscrits au programme. 20 Minutes a retrouvé ce dimanche les marcheurs du nord de la capitale pour « une marche citoyenne à la découverte du 19e », pendant que le candidat socialiste Benoît Hamon tenait un grand meeting à Bercy, dans le XIIe arrondissement, 24 heures après la marche de Jean-Luc Mélenchon.

Des événements « alternatifs » ou « disruptifs »

15 h. Ils sont une quinzaine au point de départ, sur la place de la mairie. On en avait déjà croisé quelques-uns, fin janvier, à Stalingrad, pour une opération "micro ouvert" à mi-chemin entre le stand-up et le groupe de parole. Ce dimanche, l’exercice est moins personnel et plus classique : en fait de « marche citoyenne », il s’agit plutôt de tracter en groupe, et en marche (!), à travers l’arrondissement.

Il y a là d’anciens sympathisants ou militants PS, un ex-UMP, et quelques-uns pour qui En marche ! a été un baptême politique. C’est le cas de Jordan qui observe que « les autres partis nous regardent comme des ovnis ». Cet habitant du quartier depuis 11 ans accuse un peu le coup. C’est son sixième événement « Macron » du week-end : entre samedi et ce dimanche après-midi, il a enchaîné une « randonnée cycliste », un « café-débat sur "entreprendre dans les quartiers" », un « bal rock », une « opération de nettoyage du canal de l’Ourcq » et un tractage au marché de Joinville. « En plus, il faut gérer la vie familiale ! » lance ce jeune père, auto-entrepreneur.

Extrait du programme du
Extrait du programme du "Printemps de Macron" organisé par En Marche! à Paris les 18 et 19 mars 2017. - En marche! Paris

« On essaie de faire des événements alternatifs », explique Amina, qui a créé le comité En marche ! de Secrétan. Un autre adjectif nous est soufflé par Frédéric, 49 ans. « Macron est disruptif, il bouleverse les codes », estime ce consultant qui s’est porté candidat pour l’investiture législative. Pas question d’être naïf et de donner un blanc-seing à ce candidat (un peu idolâtré néanmoins) : « Je ne crois pas à l’homme providentiel. » De même, Jordan prévient que les adhérents d’En marche ! seront vigilants si l’ancien ministre de l’Economie accède à l’Elysée, et veilleront à ce qu’il tienne ses engagements.

Tractage en terrain « hostile »

15 h 30. La petite troupe se met en mouvement. Sur l’avenue Jean-Jaurès, un jeune homme prend le livret-programme du candidat tout en lançant: « Je ne peux pas voter ! » Ils sont un certain nombre à être dans le même cas, dans ce quartier métissé où les démarches d’inscription sur les listes électorales ne sont pas toujours évidentes. Les marcheurs ne se départissent pas de leur bonne humeur, malgré la météo peu printanière, ni de leur humour. A une dame qui leur dit d’« aller se faire foutre », l’un répond : « A quelle adresse ? »

De (rares) invectives qui n’entament pas la détermination des marcheurs. « J’étais soulagée que Macron se lance en novembre, avant j’étais désespérée, je pensais voter blanc. Aujourd’hui, je crois à sa victoire », sourit, convaincue, Amina.

16 h 30. Les marcheurs tractent inlassablement dans les allées du parc de la Villette, entre les chiens, les enfants en trottinette et les poussettes. « C’est pas terrible là… On a beaucoup de refus », soupire Martine, retraitée, sous son bonnet. De nombreux promeneurs ne daignent pas saisir le programme tendu par les adhérents d’En marche !. Il faut se faire une raison : « La Villette, c’est bien à gauche »…

Il n’empêche qu’au bout d’une heure et demie, au beau milieu du parc, les marcheurs se retrouvent à court de tracts. Ils ont écoulé 250 programmes de leur champion. « Il faut accélérer pour récupérer des programmes au prochain point de rendez-vous. » Les marcheurs pressent le pas en direction de la place Stalingrad, droit devant. Mettre le cap au centre, voilà qui illustre bien la conviction de Frédéric : « Aujourd’hui, il n’y a plus de droite ni de gauche. »

17 h. Le « Printemps de Macron » touche à sa fin, et notre podomètre indique 3,5 kilomètres. Convertis en « marche mélenchoniste », cela équivaut à plus de deux fois le trajet de la place de la Bastille à celle de la République.