Que retenir des campagnes des cinq candidats favoris à la présidentielle ? A deux jours du premier tour de l’élection présidentielle qui se tient ce dimanche, 20 Minutes revient sur ces derniers mois un peu fous des candidats Marine Le Pen, Emmanuel Macron, François Fillon, Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon.

Marine Le Pen, présidente du Front national, lors d'un discours de campagne à Lyon le 5 février 2017
Marine Le Pen, présidente du Front national, lors d'un discours de campagne à Lyon le 5 février 2017 - Michel Euler/AP/SIPA

Marine Le Pen, la campagne sans campagne

Caracolant en tête des intentions des votes au premier tour pendant des mois, Marine Le Pen a gardé un silence relatif en attendant le résultat des primaires pour se lancer. Pour espérer gagner le 7 mai, une hypothèse que la quasi-totalité des enquêtes d’opinion exclut, son équipe a travaillé sur deux grands volets : des collectifs « d’experts patriotes » se sont multipliés pour crédibiliser le projet de la candidate. La personnalité clivante de Marine Le Pen a été reformulée autour de sa féminité et son caractère protecteur.

Si les affaires douteuses d’assistants parlementaires européens du FN ne l’ont pas autant touchée que François Fillon, l’attaque du « petit » candidat du  NPA Philippe Poutou, le 4 avril lors d’un débat télé, l’a fragilisée en la décrivant comme installée et profitant d’un système qu’elle dénonce à longueur de discours. « Même si elle fera probablement un score très important, sa campagne me fait penser à Lionel Jospin en 2002. Celle d’un favori qui ne prend aucun risque et prépare le second tour avant le premier », expliquait, la semaine dernière à 20 Minutes Nicolas Lebourg, spécialiste du FN.

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Avec un tassement dans les intentions en sa faveur à quelques jours du premier tour, Marine Le Pen a changé de stratégie : après les polémiques à propos du Vel d’hiv’ou sur la colonisation, elle a durci le ton lors de ses derniers meetings, ressassant les thèmes chers à l’électorat frontiste, à savoir l’immigration et l’hostilité à l’Union européenne. Et n'a pas hésité à tenter de récupérer éléctoralement l'attentat survenu sur les Champs-Elysée le 20 avril au soir, estimant au lendemain de l'attaque que «depuis dix ans, sous les gouvernements de droite et de gauche, tout a été fait pour que nous perdions» la «guerre» contre le terrorisme.

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Emmanuel Macron, candidat à la présidentielle
Emmanuel Macron, candidat à la présidentielle - David Niviere/SIPA

Emmanuel Macron, l’OPA relevant du génie (ou du vide)

Protégé de François Hollande, Emmanuel Macron a quitté le gouvernement le 30 août 2016 pour préparer la présidentielle avec son mouvement En Marche ! Se revendiquant ni socialiste, ni de droite, le trentenaire aspire à créer un « nouveau modèle social » et à mettre en œuvre un programme à la fois « de gauche » et « libéral ». Son premier coup de force intervient le 10 décembre à Paris, lors d’un meeting imitant un show et réunissant 10.000 personnes. Sa phrase « Parce que c’est notre prooooojet » criée lors de ce meeting devient l’une des séquences cultes de sa campagne.

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Accusé d’être flou sur son orientation, le candidat a fait durer le suspense en ne dévoilant son programme qu’en mars, s’engageant notamment sur une réforme de l’école, la modernisation de l’économie ou la moralisation de la vie publique. Des idées et une promesse de renouvellement qui ont attiré une galaxie de personnalités centristes, de gauche et de droite, dont François Bayrou, Manuel Valls, Jean-Yves Le Drian ou Robert Hue.

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Le candidat LR à la présidentielle François Fillon parmi ses soutiens à un rassemblement place du Trocadéro à Paris le 5 mars 2017
Le candidat LR à la présidentielle François Fillon parmi ses soutiens à un rassemblement place du Trocadéro à Paris le 5 mars 2017 - Christophe Ena/AP/SIPA

François Fillon, envers et contre tout(s)

Vainqueur de la primaire à droite en novembre 2016, François Fillon avait un « boulevard devant lui », selon Alain Juppé. Mais la révélation le 25 janvier 2017 d’un emploi supposé fictif de son épouse Penelope bouleverse sa campagne.L’image du prétendant à l’Elysée, qui a bâti sa candidature sur la rigueur et la probité, apparaît en rupture avec celle d’un homme réservant supposément des privilèges aux siens. Le 26 janvier, le candidat annonce qu’il retirera sa candidature s’il est mis en examen. Les révélations s’enchaînent et la justice s’y intéresse en ouvrant une enquête. Le 6 février, lors d’une conférence de presse, François Fillon dénonce un « lynchage » et exclut le retrait de sa candidature.

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La période entre la fin février et le début de mars est la plus critique : alors que les défections et les appels au retrait s’enchaînent, il tente un coup de force en rassemblant ses fidèles sur la place parisienne du Trocadéro le 5 mars. Le lendemain, Alain Juppé met fin à l’hypothèse d’un « plan B ». François Fillon a gagné la partie face à sa famille politique. Mis en examen pour détournement de fonds publics le 14 mars, il continue sa campagne en dénonçant un «  assassinat politique » fomenté par l’Elysée et les médias. Isolé, soupçonné de se laisser dicter sa ligne politique par le mouvement Sens commun (issu de la Manif pour tous) le candidat connaît une campagne où concerts de casseroles et banderoles hostiles l’attentent à chaque déplacement. Dans les intentions de vote, après avoir plongé d’une dizaine de points, François Fillon oscille entre la troisième et la quatrième place, restant cependant très proche de Marine Le Pen et d’Emmanuel Macron. Au lendemain de l'attentat des Champs-Elysées, après avoir pourtant annoncé suspendre sa campagne, le candidat LR a annoncé ce vendredi dans une allocution depuis son QG tout un arsenal de mesures pour «nous réarmer sur les plans sécuritaire, militaire, diplomatique mais aussi idéologique et culturel» contre «l’Islam radical».

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Meeting de Jean-Luc Mélenchon, candidat de la France insoumise à l'élection présidentielle, au Grand palais de Lille le 13 avril 2017.
Meeting de Jean-Luc Mélenchon, candidat de la France insoumise à l'élection présidentielle, au Grand palais de Lille le 13 avril 2017. - Sarah ALCALAY/SIPA

Jean-Luc Mélenchon, un bras de fer gagné

Lancé il y a 15 mois dans cette campagne sans même l’appui des communistes, Jean-Luc Mélenchon a repris de sa première candidature en 2012 le passage à une 6e République ou la renégociation des traités européens. C’est sur la forme, que sa communication a le plus changé : fini l’Internationale chantée dans ses meetings, la cravate et les vociférations. Place à une omniprésence sur les réseaux sociaux, notamment sur YouTube, au gadget des hologrammes qui ont révolutionné ses meetings rassemblant plusieurs dizaines de milliers de personnes simultanément dans plusieurs villes.

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« Jean-Luc Mélenchon a eu le temps de se dédiaboliser, en étant moins agressif vis-à-vis des médias, en acceptant des formats télé comme Ambition intime, en revendiquant une étiquette écologiste et d’homme honnête. Il est dans les pas de cette génération de leaders à gauche, assez âgés, brut de décoffrage, comme Bernie Sanders aux Etats-Unis ou Jeremy Corbyn au Royaume-Uni », soulignait récemment à 20 Minutes le communicant Philippe Moreau Chevrolet.

Jean-Luc Mélenchon gagne son bras de fer contre Benoît Hamon avec le coup de force de la marche des Insoumis, le 18 mars, et siphonne progressivement les voix du candidat socialiste. Les débats télévisés révèlent enfin une personnalité caustique, raillant autant François Fillon et Marine Le Pen sur les affaires que les bisbilles « socialistes » entre Benoît Hamon et Emmanuel Macron. En un mois, les intentions de vote au premier tour bondissent, rapprochant le candidat du trio de tête Marine Le Pen, Emmanuel Macron et François Fillon.

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Benoît Hamon, lors de son meeting du 19 mars 2017 à Paris-Bercy.
Benoît Hamon, lors de son meeting du 19 mars 2017 à Paris-Bercy. - : Kamil Zihnioglu/AP/SIPA

Benoît Hamon, de la lumière à l’ombre

L’une des nombreuses surprises de 2017 se nomme Benoît Hamon. Le député des Yvelines a réussi l’exploit de monter une campagne éclair après la renonciation de François Hollande, le 1er décembre 2016. L’ancien frondeur imprime la primaire à gauche avec sa proposition de revenu universel, puis terrasse l’ancien Premier ministre Manuel Valls. Cette victoire doit le propulser à la tête des forces de gauche et écologistes, grâce au ralliement du chef de file EELV Yannick Jadot et d’une partie du gouvernement.

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C’est sans compter les candidats Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon, qui tous deux siphonnent une partie des forces socialistes et espèrent incarner « le vote utile ». Bourde ou aveu de faiblesse, Benoît Hamon explique le 8 avril sur le plateau de On n’est pas couché  qu’il donnerait sa voix au candidat de la France insoumise si ce dernier se retrouvait face à Marine Le Pen.

Pour le politologue de l’IEP de Bordeaux Jean Petaux,interrogé il y a une semaine par 20 Minutes, Benoît Hamon n’a jamais réussi à endosser le costume de présidentiable. Pire à ses yeux, il l’a refusé : « C’est un refoulé qui s’est manifesté jusque dans sa grammaire corporelle et son attitude, il a surjoué la normalité, disant qu’il ne serait pas l’homme-providentiel. Il y a eu une absence de prise en compte des codes électoraux. »

Résultat, le socialiste pointe à la cinquième place des intentions de vote, à moins de 10 %. Pour contredire le sort, les militants PS distribuent mi-avril sa « lettre aux Français », imprimée à plus de huit millions d’exemplaires, avant un ultime raout, mercredi 19 avril sur la très symbolique Place de la République à Paris, avec la maire de Lille Martine Aubry, les ministres Najat Vallaud-Belkacem, Emmanuelle Cosse et Thierry Mandon ou les économistes Thomas Piketty et Julia Cagé.

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