« Je reviens du futur. » C’est ainsi que Mike Porticelli, 30 ans, décrit son voyage à Los Angeles. Ce n’est pas tous les jours qu’un gamin des quartiers Nord se retrouve dans la Cité des anges. Il y était avec une délégation de la ville de Marseille et des entreprises du coin pour rencontrer des professionnels de l’audiovisuel. C’est en tant que fondateur du studio Beat Bounce qu’il a fait ce voyage. « Je n’y suis pas allé pour signer des contrats, mais pour continuer d’apprendre », explique-t-il.

Mike et Mass devant les disques d'or de Beat Bounce.
Mike et Mass devant les disques d'or de Beat Bounce. - Adrien Max / 20 Minutes

 

Depuis leur premier clip tourné dans le quartier avec une petite caméra, Mike et Mass, les deux fondateurs, ont beaucoup appris. « On a commencé à faire de la musique par passion. Ensuite, on a eu besoin d’images pour les clips, donc on s’est mis à la vidéo », raconte Mike avec évidence. Leur premier clip « pro », c’était en 2012 pour le titre Plus que de la musique de Sat de la Fonky Family avec Akhenaton et Soprano. « Quand ils nous ont demandés, on a dit OK mais on ne connaissait rien. On n’avait même pas de caméras professionnelles. » Une fois ce problème réglé, Mike et Mass se retrouvent entourés d’une quarantaine de techniciens. « On ne savait même pas à quoi ils servaient. On a géré le truc seul. » Au moment du rendu, tout le monde est surpris du travail fourni par ces deux gamins des quartiers Nord. L’aventure est lancée.

Un studio de 800 m2

Après ce premier clip, ils ont déménagé trois fois. Le premier studio de 80 m2 à Gardanne est vite devenu trop petit. Celui de l’Estaque, 300m2, aussi. Depuis deux ans, ils sont installés dans leur studio de 800 m2, rue Saint-Pierre, dans le 12e arrondissement. Studio d’enregistrement d’un côté, studio vidéo avec fond vert de l’autre. « On a tout fait nous-même, mais un truc pro pour pouvoir faire des effets spéciaux. »

Et ce professionnalisme paye. Soprano, Jul, les Ghetto Phenome, ou Rohff sont passés devant les caméras de Beat Bounce. Ils viennent également de finir une série de quatre épisodes Force et honneur avec le rappeur Lacrim. « J’adore le cinéma et j’essaye de tendre vers ça. J’aime proposer des idées qui changent du clip en bas de la tour du quartier », détaille Mike. Si le studio Beat Bounce a longtemps été associé à la culture urbaine, Mike et Mass essayent d’élargir leurs productions. « On vient de tourner avec Benjamin Biolay et on a eu une proposition de Corneille. »

A chaque nouvelle proposition, les deux acolytes vivent un rêve. « Pour Corneille, ils me disent que c’est peut-être compliqué pour nous parce que c’est au Canada. Dans ma tête je suis comme un fou, mais je leur dis que je vais regarder mon planning. »
Leur prochain projet ? Créer un YouTube Space. « J’ai vu ça aux Etats-Unis, c’est un lieu où YouTube met à la disposition de jeunes créatifs des caméras et des studios pour qu’ils se lancent. »

Des conseils aux jeunes

C’est tout à fait ce dont rêve Mike. Donner la possibilité à des jeunes de se lancer tout en faisant grandir son bébé Beat Bounce. « Plein de jeunes des quartiers Nord sont créatifs et ont du talent, il faut juste les aiguiller. » Et ça, Mike ne peut pas toujours se le permettre même s'il est toujours le premier à distiller ses bons conseils aux jeunes qui viennent le voir. « Mais je ne peux pas leur laisser une caméra pour qu’ils s’entraînent, j’en ai besoin pour tourner mes clips. » Il compte donc sur YouTube et sur la ville, pour le local, pour encore grandir. « On ne sait pas encore comment faire pour créer un YouTube Space, mais on l’aura c’est sûr. » Quand on voit le chemin parcouru, personne n’en doute.