Certains appareils de soins esthétiques, comme ceux utilisant des lasers ou de la lumière pulsée pour épiler ou détruire les cellules graisseuses (lipolyse), exposent à des effets indésirables, a averti lundi l’Agence française de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), qui préconise de revoir le cadre réglementaire de ces actes à visée esthétique. « Face aux effets observés et rapportés par de nombreuses études cliniques, l’Anses préconise de mettre en place « une information obligatoire préalable des usagers » appelés à utiliser ces appareils.

Catherine Olivères-Ghouti, dermatologue à Paris et membre du Syndicat national des dermatologues, répond aux questions de 20 Minutes sur les risques encourus et les moyens pour les éviter.

Quels peuvent être les effets indésirables des lasers d’épilation et autres machines amincissantes ?

Mal utilisées, ces machines peuvent causer des inflammations, voire des brûlures. Or de nombreux instituts de beauté les utilisent, sans disposer d’une véritable formation adaptée pour traiter l’épilation définitive, que ce soit au laser ou à la lumière pulsée. Or, la justice a reconnu que ces techniques relevaient de la médecine, et devaient par conséquent être pratiquées par des médecins, pas par des esthéticiennes, sans quoi cela relève l’exercice illégal de la médecine. Il y a de nombreuses plaintes de clientes suite à des brûlures cutanées, mais aussi de brûlures oculaires parfois profondes. Ces machines peuvent entraîner des séquelles à moyen et long terme : des brûlures au deuxième degré, voire plus. A long terme, cela peut entraîner des tâches pigmentées qui peuvent perdurer des mois, voire des années et des cicatrices importantes. Alors imaginez qu’on vous loupe lors d’une épilation laser du maillot, c’est impossible d’aller à la plage avec des taches brunes à cet endroit ! Il faut être très vigilant avant de confier sa peau à quelqu’un. Attention aux brûlures et aux séquelles.

Il y a également des douleurs voire des brûlures ressenties lors de séances de cryolipolyse qui nous sont rapportées. Le principe, c’est d’utiliser un appareil, une sorte de ventouse, sur la zone à traiter, qui va diffuser du froid pour dissocier puis détruire les adipocytes, les cellules graisseuses. Si vous collez de la glace sur votre peau pendant un long moment, vous vous exposez à des risques de brûlures.

Les appareils utilisables à domicile, comme les machines de dépilation à lumière pulsée, sont-elles dangereuses elles aussi ?

S’agissant du but recherché - l’épilation définitive, les machines à lumière pulsée destinées aux particuliers sont assez inefficaces. Puisqu’elles peuvent être utilisées en dehors de tout contrôle médical, leur faisceau est bien plus faible que les machines utilisées en cabinet de dermatologie. Mais au-delà de ça, elles comportent toutefois un risque oculaire. En cabinet, je porte des lunettes de protection adaptée et je veille à ne jamais regarder le laser. Mes patientes, elles, portes des protections en titane et des compresses en dessous, et même là, on peut encore voir la lumière de l’appareil. Mais à la maison, qui veille à ce que les patientes ne regardent pas la lumière de leur appareil ? N’étant pas habituées le manipuler, peut d’utilisatrices doivent fermer les yeux ou porter des protections véritablement adaptées. Dès lors, elles exposent à des brûlures oculaires.

S’expose-t-on aux mêmes risques en consultant un dermatologue ?

Le risque zéro n’existe pas, mais tout l’intérêt de consulter un médecin professionnel est de minimiser au maximum ces risques. Un dermatologue possède un diplôme universitaire pour apprendre à maîtriser les lasers médicaux, en plus de toute son expérience en dermatologie, et veille à ce que sa machine soit bien contrôlée et réglée.

Quand un patient vient me consulter pour une épilation définitive, j’examine son type de peau, sa pilosité, et j’adapte le laser à sa peau, mais il n’y a pas que ça. S’il prend des médicaments ayant un effet photo sensibilisant, je lui explique que ce n’est pas compatible avec l’épilation laser. Je lui délivre une information éclairée, que ce soit sur le type de laser que nous utilisons, sur les risques encourus, et lui fournis un devis avec le prix et le nombre de séances nécessaires à l’épilation de la zone demandée. Et il y a un délai de réflexion de quinze jours avant que la moindre séance ne soit programmée. C’est tout cela qu’est en droit d’attendre le patient.