Le silence est d’or. Pour n’avoir pas respecté ce proverbe ancestral, trois fouilleurs amateurs doivent comparaître, ce vendredi, devant le tribunal correctionnel de Dijon (Côte d’Or). Car, c’est en découvrant une simple conversation sur Facebook que les services archéologiques ont remonté la piste de ces passionnés, début 2013.

Interview:«Sans nous, ils n'auraient jamais vu ce trésor!» 

A l’époque, sur le réseau social, il n’est pas question d’or mais bien d’argent. D’abord, du métal dont sont constituées les 2.000 pièces gauloises qu’ils ont découvertes dans un champ à Laignes. Et surtout du montant que les trois prévenus comptaient en tirer. « Au début, on voulait les donner à un musée, raconte Eddy, l’un d’entre eux à 20 Minutes. Et puis un spécialiste nous en a dissuadés en nous expliquant qu’on allait avoir des problèmes. Alors quand on nous a proposé 15.000 euros, on n’a pas trop réfléchi… Ça faisait quand même près d’un an de salaire ! »

Une prime de guerre pour le siège d’Alésia ?

Si les trois copains sont renvoyés pour « vol », ils le sont aussi et surtout sur le fondement de l’article 542-1 du Code du patrimoine qui interdit purement et simplement les fouilles archéologiques sans autorisation préalable. « L’archéologie est une science, explique Frank Faucher qui travaille à la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) en Bourgogne. Quand ils ont retiré les pièces de la terre, ces amateurs n’ont pas pris les précautions nécessaires. Nous ne saurons donc jamais exactement à quoi correspond ce trésor. On ne peut désormais qu’émettre des hypothèses… »

La plus sérieuse d’entre elle mène au premier siècle avant Jésus-Christ. Nous sommes alors en pleine guerre des Gaules. Et Jules César n’hésite pas à engager des mercenaires pour mater les hommes de Vercingétorix. « Le siège présumé d’Alésia n’est qu’à une heure de marche du lieu de la découverte, assure Frank Faucher. On peut donc imaginer qu’il s’agissait de la solde de guerriers agissant sur ordres de César… »

Détecteurs de métaux et clous rouillés

Randall Schwerdorffer préfère le droit à l’histoire. Avocat de l’un des prévenus, il compte déposer une question prioritaire de constitutionnalité dès l’ouverture du procès pour défendre les fouilleurs. « Le droit français comporte une vraie contradiction, explique-t-il à 20 Minutes. On autorise la vente de détecteurs de métaux mais on en interdit l’utilisation si ce n’est pour retirer des clous rouillés ! D’autant qu’il est impossible de savoir qu’il s’agit d’un trésor ou d’un clou avant de l’avoir déterré… »

L’argument fait sourire Jean-David Desforges. Ce scientifique a créé en 2007 l’association Halte aux pillages du patrimoine archéologique et historique (Happah). « Vous pouvez acheter une voiture mais il faut le permis pour la conduire, résume-t-il. Vous pouvez donc acheter un détecteur de métaux mais il faut une autorisation préfectorale pour l’utiliser… »

Partie civile lors de ce procès, son association compte d’ailleurs réclamer des dommages et intérêts à hauteur du montant qu’aurait coûté l’étude scientifique sur les pièces. Les trois prévenus encourent également une peine de sept ans de prison. « On a l’impression d’avoir braqué le Louvre pour voler la Joconde », soupire Eddy.