Une cité-État d’Asie de 719,1 km² qui donne une leçon aux grands pays de l’OCDE. Dans l’édition 2015 de Pisa, Singapour apparaît en tête de peloton alors même que le pays figurait en bas du tableau dans les années 90.

En sciences : Singapour affiche un score de 556 pour une moyenne de l’OCDE à 493 (contre 495 points pour la France). Idem pour lesmathématiques où le pays affiche 564 points, pour une moyenne OCDE de 490 (contre 493 en France). Même succès en lecture où Singapour obtient 535 points, pour une moyenne OCDE à 493 (la France est à 499). Et 24 % des élèves y sont jugés très performants.

« Il faut voyager à Singapour pour voir ce qu’ils font »

Des bons résultats vivement salués ce lundi par Gabriela Ramos, directrice de cabinet du secrétaire général de l’OCDE : « Tout le monde voyageait en Finlande. Maintenant il faut voyager à Singapour pour voir ce qu’ils font ». Et si l’on compare le niveau des élèves singapouriens par rapport à ceux des autres pays de l’OCDE, « ils ont deux années de scolarité d’avance », a poursuivi Gabriel Ramos.

Parmi les raisons qui expliquent la réussite scolaire de Singapour, Nathalie Mons, présidente du CNESCO (Conseil national d’évaluation du système scolaire) évoque « les politiques très continues dans le temps en matière d’éducation ». Un avis partagé par l’OCDE qui souligne le temps long que requiert l’éducation, notamment pour que les réformes finissent par porter leurs fruits.

Des enseignants bien formés et bien payés

Autre clé de la réussite : le traitement que le pays réserve à ses enseignants. A Singapour, les enseignants « sont évalués régulièrement, ont accès à de la formation continue (une centaine d’heures chaque année pour chaque prof) et ont une formation initiale très développée », souligne Eric Charbonnier, spécialiste de l’éducation à l’OCDE. « Un centre commun, le National Institute of Education, développe la recherche en éducation et forme les enseignants. Cela permet un dialogue fort entre les décideurs politiques, les chercheurs et les praticiens. Et grâce à ce système, le modèle éducatif singapourien est passé d’un modèle fondé sur la transmission des connaissances à un modèle plus axé sur la créativité et l’apprentissage autonome », observe Nathalie Mons.

Les professeurs sont par ailleurs « bien rémunérés par rapport aux autres métiers », relève Eric Charbonnier. Les enseignants qui sont les mieux « notés » reçoivent aussi une prime. Très valorisés dans la société, les enseignants peuvent aussi aspirer à des évolutions de carrière intéressantes. « Ils peuvent devenir animateur des enseignants de la même discipline, évoluer vers la recherche ou la formation ou devenir chef d’établissement », informe Nathalie Mons.

Un modèle pas totalement duplicable en France

Concernant la prévention de l’échec scolaire, le pays est aussi en pointe. « Dans les écoles en difficulté, sont affectés des enseignants de qualité », souligne Eric Charbonnier. « Dès le primaire, des maîtres spécialisés dans une discipline aident aussi les élèves en difficulté à rattraper le niveau des autres », complète Nathalie Mons. Et les pédagogies sont innovantes, comme en maths, où l’on utilise en primaire la méthode dite de Singapour, qui repose sur le passage du concret à l’abstrait avec beaucoup de résolutions de problèmes. Le numérique est aussi très utilisé en classe.

Mais le modèle singapourien est-il totalement duplicable en France ? Pas totalement, car il faut aussi prendre en compte la bonne économie du pays qui lui permet de miser fortement sur l’éducation. Par ailleurs, une large partie des élèves asiatiques suivent des cours privés après la journée d’école.