• Jeudi soir, un policier a été abattu d'une balle dans le dos et deux autres policiers ont été blessés sur les Champs-Elysées
  • L'organisation de l'Etat islamique a revendiqué l'attaque
  • L'assaillant, Karim Cheurfi, 39 ans, avait déjà été condamné pour avoir tenté de tuer des policiers en 2001

Dans quarante-huit heures, 47 millions d’électeurs seront appelés aux urnes pour désigner le ou la prochain(e) président(e) de la République. Un scrutin qui s’ouvre dans un contexte sécuritaire particulièrement tendu au lendemain de l’attaque à l’arme automatique contre un car de policiers stationné sur l’avenue des Champs-Elysées.

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Un fonctionnaire est décédé, deux de ses collègues ont été blessés. Cet attentat, revendiqué par les djihadistes de Daesh, a violemment replacé la menace terroriste au cœur du débat public. L’élection présidentielle française est-elle pour autant particulièrement scrutée par l’Etat Islamique et représente-t-elle un enjeu stratégique pour le groupe terroriste ? 20 Minutes fait le point.

Un « calendrier logistique »

Si l’attaque revendiquée par Daesh intervient à quelques jours du premier tour, c’est avant tout parce qu’un homme, déjà condamné à 15 ans de prison et connu des services de renseignement, a eu les moyens logistiques et les ressources nécessaires pour passer à l’acte, selon Samir Amghar, sociologue, spécialiste du salafisme et de l’orthodoxie en islam, chercheur à l’European Foundation for Democracy. « Les cadres de Daesh diffusent des consignes générales, les discours propagés ont une dimension performatrice qui visent à convaincre les individus tentés par le djihad du bien-fondé de leur projet. Ensuite, c’est une question 'd’opportunité' ».

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Une analyse partagée par Cédric Mas, avocat diplômé de la faculté de droit et de sciences politiques d’Aix-Marseille III et auteur de plusieurs ouvrages en histoire militaire. Dans un billet publié ce vendredi sur le site du think tank « Kurultay », il précise : « Les attaques terroristes lancées par l’EI sont moins liées au calendrier électoral qu’aux capacités opérationnelles du groupe. »

Pour le journaliste David Thomson, auteur de l’ouvrage Les Revenants (Ed. Seuil) sur les djihadistes Français, l’attaque de jeudi ne constitue pas forcément un événement prévu dans l’agenda établi par Daesh : « Elle s’inscrit plutôt dans un cycle désormais mensuel d’attaque ou de tentative d’attaque depuis l’ assassinat de deux policiers à Magnanville. Après évidemment, à trois jours de la présidentielle, l’organisation sait qu’il y aura des conséquences politiques. »

La stratégie du chaos

Le sociologue Samir Amghar met en garde contre la dépolitisation des actions et des membres du groupe Etat islamique : « En France, on a tendance à considérer ces attaques comme ne répondant pas à un agenda politique. On aurait affaire à des fous. Or en réalité, ces gens tuent en évoquant la Syrie et  visent des forces de l’ordre d’un pays qui fait partie d’une coalition internationale. Enfin, et cela a été théorisé à plusieurs reprises, selon ces djihadistes, le meilleur moyen de créer un soulèvement en Europe serait d’augmenter les discriminations à l’endroit des musulmans. Voir Marine Le Pen au pouvoir apporterait de l’eau à leur moulin. »

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« Cela entre dans une stratégie dite du chaos, abonde le journaliste David Thomson, qui consiste à créer des situations permettant de déstabiliser le socle de la démocratie. » Dans le cadre d’un échange avec un sympathisant de Daesh, le journaliste constate qu’une victoire du Front national est perçue comme un moyen efficace de « réveiller » les musulmans de France.

Cet attentat peut-il faire monter le vote frontiste pour autant ? A cette question, l’historien militaire Cédric Mas répond : « L’influence de la menace terroriste sur les résultats électoraux est réelle mais sur le long terme. Des études statistiques sur une masse importante de scrutins ont montré que la menace d’attentats terroristes, comme d’une manière plus générale la violence politique, a pour effet d’augmenter la participation aux élections. Elle a également pour effet de polariser l’électorat et d’avantager les thématiques et les partis de droite. »

Un avantage mesuré par les candidats de droite et d’extrême droite qui ont, après l’attaque des Champs-Elysées, axé les dernières heures de leur campagne  sur la lutte antiterroriste.