Le 23 janvier 2014. Portrait de Neneh Cherry a l'hotel Mercure - gare du Nord. — V. Wartner / 20 Minutes

Culture

Neneh Cherry: «Je me suis rappelé combien j’aimais faire de la musique et surtout pourquoi»

MUSIQUE – La chanteuse suédoise Neneh Cherry sort «Blank Project» son quatrième album solo, après dix-huit ans d’absence…

Où était Neneh Cherry pendant toutes ces années? Son dernier album et troisième solo remonte à 1996. Avant MySpace, Kazaa, Napster, avant le streaming et YouTube. La préhistoire. Le premier disque de la Suédoise, Raw Like Sushi, en 1989, la propulse à la fois au rang de pop star et, malgré elle, comme porte-voix du hip hop, en manque d’icônes féminines. Un quart de siècle plus tard, les M.I.A., Azelia Banks et Nicki Minaj peuvent lui être reconnaissantes. Avec Blank Project, sorti ce mardi, Neneh Cherry, à 49 ans, impose à nouveau sa marque, entre électro expérimentale et poésie fredonnée. 20 Minutes l’a rencontrée.

La disparition. En 1996, sort l’album Man, qui contient une balade chantée avec le Sénégalais Youssou’N’dour: 7 Seconds. Un tube international, un succès en France. Et puis… Neneh Cherry disparaît. Pourquoi? «J’aimerais avoir une réponse toute faite, mais je n’en ai pas», regrette-t-elle. A l’époque, elle a l’impression d’écrire sans conviction des chansons. Elle présente un album à sa maison de disques. «Mais je ne le sentais pas, et il n’est jamais sorti». Et après? «Chaque année, je me disais "oh je vais faire un album", et puis je passais à autre chose»…

La révélation. C’est en 2012 une collaboration avec The Thing, un album de reprises free jazz –son beau-père Don Cherry était un trompettiste jazz américain renommé-, The Cherry Thing qui joue le rôle de déclencheur. Une «explosion» même. «Je me suis rappelé combien j’aimais faire de la musique et surtout pourquoi», dit-elle. Elle évoque le plaisir de «chanter d’instinct» et de traduire en paroles une «rage magnifique».

L’introspection. Neneh Cherry s’est remise à écrire, sur son lit, seule, ou alors dans la cuisine, au milieu des enfants, avec un dictaphone. «J’ai l’habitude d’être entourée du chaos pour me rendre dans mon espace intime. C’est sans doute le fait d’être mère et de faire du multi-tasking. Faire cuire des poissons panés et écrire une chanson.» Son mari l’aide à accoucher des morceaux, écrits dans l’urgence et avec énergie. Au sujet du résultat final, elle confie, modeste: «Ce n’est pas un disque parfait, car il n’a pas été enregistré comme un produit. Il peut y avoir des erreurs. Mais j’ai appris à les aimer. Il n’y a que moi pour les voir.»

La production. Pour Blank Project, elle a fait appel aux musiciens de RocketNumberNine et, pour la production, à un magicien de l’électro, le britannique Kieran Hebden, alias Four Tet. Il est overbooké, très demandé, l’album est enregistré en cinq jours. C’était un «pilote», un «guide». «Il a une sacrée intégrité. J’ai Beaucoup de respect pour lui et pour sa grande connaissance musicale. Et en même temps, il est très humble.» Musicalement?« Kieran a une approche intéressante de l’électro expérimentale, avec un côté très tribal, et une âme très jazz. Mais il est intéressé aussi par l’aspect cru de sonorités.» Seul featuring sur l’album, celui de la chanteuse dance-pop Robyn, Suédoise, comme elle. «J’ai l’impression d’être comme une grande sœur pour elle.»

L’émotion. Ça lui arrive parfois de réécouter Raw Like Sushi, album symbole d’une ère qui faisait se rencontrer rave et hip-hop. «C’est comme un synopsis de ma jeunesse jusque mes 25 ans, comme un comics strip.» Des jeunes pas nés à sa sortie le découvrent. Elle s’en étonne. «Récemment, j’ai  joué ''Buffalo Stance'' et ''Manchild'', les gens m’accompagnaient en chœur, ça m’a touché. J’avais l’impression de retrouver un vieil ami.»

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