Non, cette personne n'est pas arachnophobe — Mandatory Credit: Photo by David Axelbank / Rex Features

INTERVIEW

Phobies: «Contrairement à la peur, la phobie se développe même en l’absence de l'objet concerné»

De l’aquaphobie à l’eurotologie, Stéphane Rusinek, président de l’AFTCC et professeur en psychologie, décrypte pour «20 Minutes» ces pathologies pas si rares...

Il n’y a pas de saison pour les phobies. En été, les vacanciers ont juste un peu plus de chance d’y être confrontés. Les voyages, la confrontation avec certains éléments naturels, des animaux, voire des situations sociales dérangeantes, peuvent réveiller une phobie mise en sommeil pendant quelque temps. Stéphane Rusinek, président de l’AFTCC et professeur en psychologie à Lille 3 fait le point sur ces pathologies particulièrement handicapantes…

Comment distinguer une peur d’une phobie?

A la différence de la peur qui ne se déclenche qu’en présence de l’objet, la phobie se développe même en l’absence de celui-ci. «La personne anticipe les actions, les comportements alors que l’objet n’est pas là, indique le spécialiste. La réaction est beaucoup plus importante que pour une simple peur.» En clair un arachnophobe (phobie des araignées) n’osera même pas descendre dans une cave, traumatisé à l’idée même de croiser une bestiole. Le peureux se contentera de hurler en présence d’araignée.

Qu’est ce qui explique les phobies?

Il y a d’abord un terrain génétique favorable. D’une manière générale, l’homme craint certains mouvements, dont celui du serpent. Idem pour le bruit la nuit et les étendues d’eau. Chez certains, ces peurs-là peuvent se transformer en phobie. Mais la plupart du temps, elles sont le fruit d’un «apprentissage». Une personne qui a observé la phobie d’un autre peut la développer à son tour. Elle peut aussi avoir vécu certains événements sans même s’en souvenir et en conserver une phobie

Tout le monde a-t-il des phobies?

Non, puisque celles-ci sont diagnostiquées comme des pathologies psychiatriques. «On l’a à partir du moment où c’est vraiment handicapant. La personne va changer son quotidien en fonction de cette obsession. Elle va tellement être hantée par cet objet qu’au final, elle risque de ne jamais y être confrontée», souligne Stéphane Rusinek. Les personnes concernées connaissent souvent une grande souffrance psychologique. Elles vivent aussi dans la privation, l’évitement. Leur niveau d’anxiété est généralement très élevé.

Comment les combattre?

Le travail le plus efficace, reconnu par l’OMS, passe par les thérapies cognitives et comportementales. Elles consistent en plusieurs exercices dont l’exposition au sujet responsable, avec un médecin. Celui-ci aborde ensuite un travail de restructuration cognitive qui vise à délier les idées associées aux phobies. «La personne qui a peur des insectes va se dire qu’elle peut faire une crise cardiaque», illustre Stéphane Rusinek. Il évoque enfin un travail sur les «bénéfices secondaires». Etrangement, un malade s’accommode parfois de sa phobie: «Quelqu’un qui a peur de l’eau et ne se trouve pas beau sera bien content d’avoir ce prétexte pour ne pas aller à la plage.»

Quelles sont les phobies les plus improbables?

Même si certains cas loufoques sont évoqués sur les forums spécialisés (phobie de la flûte, de l’huile, du mariage…) la littérature scientifique n’aborde pas tous les sujets. Certains relèvent plus de l’anecdote et du canular que de la pathologie. En été, certaines phobies spécifiques s’expriment notamment au contact des insectes (entomophobie) ou de l’eau (aquaphobie). «C’est l’image de la mer qui renvoie à un danger, une tempête, et les conséquences que ça peut avoir. Les cas les plus poussés peuvent même se sentir mal en présence d’une grosse flaque d’eau.» Idem lors des trajets en avion (aviophobie) où la personne anticipe un crash dès qu’elle pose un pied dans l’appareil. Dans la catégorie des phobies sociales, on retrouve la peur de rougir (éreutophobie), transpirer (diaprophobie), vomir (émétophobie), d’être constipé (apopathodiaphulatophobie) ou de péter (aérocolophobie). Le problème étant que ces phobies aggravent elles-mêmes les symptômes et enferment le sujet dans son mal-être. D’où l’improbable phobophobie: la peur d’avoir peur.

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