COMMUNICATION POLITIQUE

VIDEO. Coupe du monde 2018: Embrassades, dab, discours... Emmanuel Macron en fait-il trop pour célébrer la victoire?

En photo, en vidéo, dans le stade, sur le terrain, dans les vestiaires, le président français était omniprésent ce dimanche soir…

  • Emmanuel Macron n’a pas été avare de réactions depuis la victoire de la France ce dimanche. Quitte à être accusé de surjouer le bonheur, voire de tenter de récupérer un peu de la popularité des joueurs.
  • Une chose est sûre : Emmanuel Macron a toujours été un fan de foot. Mais c’est aussi un homme d’images, qui sait jouer des symboles.
  • Quoi qu’il en soit, le bénéfice de la victoire des Bleus devrait être de courte durée pour le Président.

Des photos du président où il exulte debout lors du match, des vidéos où il enlace les joueurs, une séquence où il les harangue dans les vestiaires, un dab avec Benjamin Mendy et Paul Pogba, un baiser sur le front des joueurs lors de la remise de la Coupe du monde… Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Emmanuel Macron n’a pas été avare de réactions depuis la victoire de la France ce dimanche. Quitte à être accusé d’en faire trop, comme le prévoit Arnaud Mercier, professeur de communication politique à l’Institut français de presse à Paris II : « Inévitablement, on va lui reprocher de tenter de récupérer un peu de la popularité des joueurs par capillarité. Certains estiment aussi qu’un président ne devrait pas être aussi tactile et démonstratif avec les joueurs », observe-t-il.

Les détracteurs du président l’accusent aussi d’avoir un peu surjoué le bonheur. Là, les avis divergent. Une chose est sûre : Emmanuel Macron a toujours été un fan de foot, comme le souligne Arnaud Mercier. « Dans un documentaire sur la campagne électorale, on le voyait même sortir d’un meeting en demandant si l’OM avait gagné un match », se souvient-il.Autres preuves de son intérêt pour le foot : le président est allé rendre visite aux joueurs à Clairefontaine avant leur départ en Russie et a assisté à la demi-finale contre la Belgique en début de semaine dernière. « On peut imaginer qu’il profite de sa fonction pour vivre sa passion de manière privilégiée, en accédant facilement aux joueurs. Son intérêt pour eux est sincère tout comme ses réactions à leur égard le soir de la finale. Car quand il dabe avec des joueurs par exemple, Macron n’est pas sous contrôle. D’ailleurs, ce type d’images ne le grandit pas », estime Arnaud Mercier.

« Tout était préparé en amont »

A contrario, Christian Delporte, spécialiste d’histoire politique à l’Université de Versailles, pense que toute la communication du président lors de la séquence de la victoire était largement calculée : « Tout était préparé en amont. Car Macron est un homme d’images qui sait qu’il est filmé. Et qui peut feindre la spontanéité alors que tout a été pensé en amont », affirme-t-il. Quitte même à faire des clins d’œil à l’histoire de la communication politique française, selon l’enseignant : « Lorsque Macron embrasse le front des joueurs, on pense tout de suite à Jacques Chirac embrassant Bartez sur le crâne en 1998. Il montre ainsi qu’il prend le relais », explique-t-il.

Emmanuel Macron était en feu le 15/07/18 lors de la finale de la Coupe du monde. - Alexei Nikolsky/AP/SIPA

A plusieurs reprises lors de la soirée, Emmanuel Macron a aussi adopté une position paternaliste envers les joueurs, les appelant « les enfants » dans les vestiaires, les enlaçant… « Ces gestes envers eux sont en effet très paternels, ce qui peut apparaître étonnant car il n’a que 40 ans », souligne Arnaud Mercier. « C’est une manière de remettre toujours son costume de père de la Nation. Il apparaît d’ailleurs souvent en hauteur face aux joueurs sur les photos, ce qui est fortement symbolique », observe Christian Delporte.

Une occasion de changer d’image

Et si le président n’a pas fait dans la demi-mesure lors de la victoire, c’est bien parce qu’il pensait y gagner quelque chose, assure Christian Delporte : « Cette avalanche de manifestations de joie montre qu’Emmanuel Macron a envie d’exploiter à fond le slogan de la France qui gagne. Il veut faire de cette victoire un symbole pour la France, l’incarnation du nouveau monde dont il se réclame. » D’autant que l’occasion est trop belle pour le président de redorer son blason, selon l’enseignant : « Cette victoire permet à Emmanuel Macron de toucher toutes les franges de la population. Jamais il n’aura autant de public. Donc il veut en profiter pour marquer les esprits et s’éloigner de l’image d’un président distant et arrogant qu’ont certains Français de lui. En se montrant proche des joueurs, il veut se montrer proche des gens », résume Christian Delporte.

Emmanuel Macron félicite Kylian Mbappe le 15 juillet 2018. / AFP PHOTO / FRANCK FIFE / - AFP

Mais pour Arnaud Mercier, c’est surtout lors de la réception des joueurs à l’Elysée ce lundi soir, que les messages politiques seront les plus forts : « Emmanuel Macron a convié un millier de jeunes issus des centres de formations de foot. Il veut jouer la carte de la Nation sportive pour renforcer son image en vue de l’organisation des Jeux olympiques en 2024 à Paris », souligne-t-il. Et le discours du président qui sera scruté à la loupe, est d’ailleurs un exercice délicat pour lui : « Il doit éviter de faire des parallèles trop explicites entre la victoire des Bleus et ses succès politiques à venir », souligne Arnaud Mercier.

Pas de bénéfice durable sur sa popularité

Quoi qu’il en soit, cet épisode d’euphorie nationale ne devrait pas bénéficier durablement à Emmanuel Macron, selon Christian Delporte : « La performance sportive n’a de l’effet qu’un instant. A la rentrée, les gens vont retrouver leurs problèmes et ne seront pas tendres avec lui. D’ailleurs en 1998, l’éloge de la France blacks, blancs, beurs, n'a duré que trois semaines », se souvient-il. Même son de cloche chez Arnaud Mercier : « La victoire de la France peut faire gagner quelques points de popularité à Emmanuel Macron, mais ce ne sera qu’un feu de paille. Car la critique de fond qui le taxe de faire une politique de droite risque de perdurer », prédit-il.

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