Voilà comment les composteurs vous accueillent désormais dans les bus de l'agglomération dunkerquoise — F.Launay/20 Minutes

TRANSPORTS

Nord: Dunkerque instaure des transports en commun gratuits tous les jours pour tout le monde

Depuis le 1er septembre, l’agglomération nordiste a mis en place la gratuité totale sur l’ensemble de son réseau de transports en commun…

  • C’est la première agglomération européenne de plus de 200.000 habitants à passer le cap du tout gratuit. Elle a expérimenté avec succès la gratuité le week-end pendant trois ans.
  • Une démarche à la fois économique et écologique financée par les pouvoirs publics et les entreprises.
  • A terme, l’agglomération espère doubler la fréquentation de son réseau.

C’est le comble du resquilleur. Monter dans un bus sans payer et ne jamais se faire contrôler. Ce rêve de fraudeur existe depuis le 1er septembre à Dunkerque. Et pour cause : l’agglomération nordiste a décidé de rendre gratuits tous ses bus à tout le monde qu’on soit habitant ou simplement de passage dans le coin. Du coup, 20 Minutes a voulu tester ce nouveau système.

Courageux et pas du tout parti dans l’optique de vouloir reprendre un air de vacances, on s’est donc rendu à la gare de Dunkerque. Après y avoir laissé notre voiture, on est monté dans un bus direction… la plage de Malo-les-Bains (Bah oui, il faisait beau, il faisait chaud et on voulait en profiter). A peine entré, on est accueilli par des composteurs jaunes sur lesquels sont inscrits. « Souriez, c’est gratuit. »

Depuis le 1er septembre, tous les bus de l'agglomération dunkerquoise sont gratuits - F.Launay/20 Minutes

Radin comme on est, on sourit forcément. Et à première vue, on est loin d’être les seuls. « C’est cool. Avant, on payait le trajet 1,40 euro et maintenant c’est gratuit. C’est mieux. On peut se déplacer comme on veut. C’est agréable », se réjouit Sullivan, un étudiant ravi de l’aubaine.

Plus grosse agglo européenne à rendre gratuit ses transports

Et pour cause. C’est une vraie révolution que vivent Dunkerque et sa communauté urbaine composée de 17 communes. Si la gratuité des transports existe déjà dans une vingtaine de villes françaises (Compiègne, Châteauroux, Niort…), c’est la première fois qu’elle est mise en place dans une agglomération européenne de 200 000 habitants. Une promesse de campagne faite par Patrice Vergriete, élu maire de Dunkerque en 2014.

« Il y a trois raisons principales à cette gratuité. La première, c'est de rendre du pouvoir d'achat aux Dunkerquois. La deuxième, c'est de rendre les Dunkerquois mobiles pour lutter contre l'exclusion sociale. Et la troisième raison est environnementale car 2/3 des déplacements à Dunkerque se font en voiture. L'idée est donc de rééquilibrer les modes de déplacements», détaille le maire et président de la communauté urbaine. 

Après avoir expérimenté avec succès la gratuité le week-end depuis trois ans, l’agglo a donc décidé de passer à la vitesse supérieure. Même s’il a fallu adapter le réseau de transports pour pouvoir accompagner ce gros changement comme le reconnaît Sébastien Handtschoewercker, responsable communication de DK’Bus, le réseau de transports dunkerquois.

Des travaux pour adapter le réseau au tout gratuit

« Il y a eu des travaux de voirie, des voies réservées aux bus ont été mises en place, des priorités aux feux rouges également. Plus largement, on est passé de dix à dix-sept lignes de bus. Parmi elles, il existe désormais cinq lignes chrono c’est-à-dire des bus garantis toutes les dix minutes entre 7 et 19 heures ».

Depuis le 1er septembre, tous les bus de l'agglomération dunkerquoise sont gratuits - F.Launay/20 Minutes

Et qui dit plus de bus dit plus de chauffeurs. En quelques mois, 42 conducteurs ont été embauchés pour pouvoir répondre à cette nouvelle offre de transport mais aussi à une nouvelle conception de leur métier. « Ça nous soulage un peu de ne plus avoir de caisse », confie l’un d’eux. « Ça va être une sécurité en plus pour les chauffeurs. Il y aura moins d’agressions vu qu’il n’y aura pas d’argent », pense aussi César, un voyageur à la retraite. D’ailleurs, depuis le passage à la gratuité le week-end, les incivilités sont en baisse de 60 %.

Si les conducteurs sont plus nombreux, c’est forcément l’inverse chez les contrôleurs. Lycéenne, Lucie s’en réjouit : « Il y a moins de gens qui stressent pour les contrôleurs ! » Mais que va devenir ce métier à Dunkerque ? Hé bien, pas d’inquiétude, aucun plan social n’est en vue pour les « poinçonneurs ». Leur mission a juste changé : ils sont désormais chargés d’encadrer les conducteurs de bus.

Mais au fait, qui finance tout ça ?

Voilà, l’histoire est bien belle sur le papier mais il reste quand même une question essentielle : qui finance tout ça ? Avant la gratuité, le budget de fonctionnement annuel du réseau était de 45 millions d’euros dont 10 % provenaient des abonnements et titres de transport payés par les usagers. Alors, comment compense-t-on ce manque à gagner de 4,5 millions d’euros ?

En annulant des projets d’envergure comme une salle de sport de 10.000 places que souhaitait l’ancien maire et en déplaçant les moyens prévus pour l’équipement en direction des transports, l’agglo a trouvé une bonne partie du financement des travaux. Ajoutez à cela des aides des collectivités et surtout une taxe de 1,55 % sur les entreprises appelée versement transport (qui rapporte environ 7 millions d’euros par an) et voilà comment le tout gratuit a pu naître.

L’aspect écologique largement pris en compte

Reste à voir si le succès sera au rendez-vous. Aujourd’hui, 5 % des habitants de l’agglomération prennent le bus pour se déplacer. Avec la gratuité, le réseau espère doubler sa fréquentation et passer à 10 % dans quelques mois. Pour attirer les usagers, DK’Bus a rénové la plupart de son parc et a surtout fait l’acquisition de 45 nouveaux véhicules tous équipés du wifi et roulant au gaz naturel. Car, au-delà du pouvoir d’achat, l’aspect écologique, vu le contexte actuel, peut aussi sensibiliser.

« Avec mon mari, on a décidé de tout faire en bus. On pense même revendre notre voiture pour pouvoir profiter de ça. Ça fait pas mal d’économies et en plus c’est assez écolo. Je trouve que c’est super », résume Alicia, une enseignante dunkerquoise.

Quoi qu’il arrive, l’agglomération sera scrutée de près. Avec cette gratuité appliquée à une échelle de 200.000 habitants, Dunkerque va peut-être donner des idées à d’autres grandes villes et pourquoi pas lancer une véritable révolution culturelle…

À la une