Les rappeurs Booba et Kaaris en 2018 — Dominique FAGET / AFP

JUSTICE

Procès Booba-Kaaris: Jugés ce jeudi, Booba et Kaaris risquent gros pour leur bagarre de «cour de récréation»

Les deux rappeurs qui se sont violemment affrontés le 1er août risquent une peine de dix ans de prison…

  • Accompagnés de proches, Booba et Kaaris se sont battus à Orly, le 1er août.
  • Libérés après trois semaines de détention provisoire, ils sont jugés ce jeudi.
  • Les deux rappeurs contestent, chacun, avoir lancé les hostilités.

En juin, Booba a passé quatre heures à raconter sa vision du monde à un journaliste de M Le magazine du Monde. « Le rap est une cour de récréation, les clashs, c’est aussi bête que cela. (…) Et de toute façon, c’est pas moi qui ai commencé ! », résumait-il alors. Le rappeur de 41 ans – Elie Yaffa de son vrai nom – devrait tenir, à peu près, le même discours, ce jeudi, devant le tribunal correctionnel de Créteil (Val-de-Marne).

Il doit y retrouver Kaaris, un autre rappeur âgé de 38 ans, avec qui il s’est violemment opposé, le 1er août, dans l’un des halls d’embarquement de l’aéroport d’Orly. A coups de poing, de pied et de bouteille de parfum saisie sur les étals des magasins détaxés, les deux hommes et leurs proches – six du côté de Booba, trois pour Kaaris – se sont battus sous le regard halluciné des voyageurs qui attendaient alors leur vol.

Frères ennemis du rap français, les deux hommes et leurs clans ont passé trois semaines en détention provisoire avant d’être libérés, fin août. C’est donc libres qu’ils seront jugés, ce jeudi, pour violences aggravées et vols en réunion. Des faits passibles de dix ans de prison.

Booba a porté le premier coup selon les images de vidéosurveillance

Les images de vidéosurveillance de l’aéroport montrent que Booba a porté le premier coup après avoir aperçu son ennemi juré dans le hall d’embarquement. Mais en garde à vue, l’autoproclamé « Duc de Boulogne » a assuré avoir réagi après avoir reçu des projectiles alors qu’il tentait, au contraire, de le contourner, selon lui. « Ensuite, c’est parti… », a-t-il lâché lors de sa garde à vue. Contacté par 20 Minutes, Yann Le Bras, son avocat, n’a pas souhaité s’exprimer davantage avant l’audience.

Originaire de Sevran (Seine-Saint-Denis), Kaaris – Gnakouri Okou à l’état civil – assure, lui aussi, n’avoir fait que se défendre. « Le dossier est assez simple, confie David-Olivier Kaminski, l’un de ses avocats. Il y a un groupe d’agresseurs, celui de Booba. Et un groupe d’agressés, celui de Kaaris pour qui je vais réclamer la relaxe pure et simple. »

Les deux rappeurs associés sur le titre « Kalash » en 2012

Il y a six ans à peine, Booba et Kaaris semblaient pourtant filer le parfait amour. Avec 2,5 millions d’albums vendus en 20 ans, « B2O » avait choisi de lancer la carrière de « K2A » en l’invitant sur son titre Kalash. Il lui avait ensuite demandé de prendre parti publiquement pour lui en insultant deux autres de ses rivaux, les rappeurs La Fouine et Rohff.

C’est en refusant de le faire que Kaaris s’était alors exposé aux foudres de Booba. Ridiculisé à longueur de montages photos sur les réseaux sociaux (dont l’un affichant sa tête sur un corps de singe) et de chansons, Kaaris avait fini par répondre en promettant dans une vidéo à Booba de lui « briser les os » et de « boire [son] sang ».

Un nouvel album pour Kaaris, un concert géant pour Booba ?

Savamment entretenu pour d’évidents besoins marketing, leur clash restait jusqu’alors confiné aux frontières des réseaux sociaux, les deux hommes ne se croisant jamais. Jusqu’à ce 1er août où ils ont malheureusement réservé, sans le savoir, un billet sur le même vol pour Barcelone (Espagne).

Leurs retrouvailles à l’aéroport pourraient avoir des conséquences dépassant le seul cadre pénal. Coincé en détention provisoire, Kaaris n’a pu participer cet été à la promotion de Lukas, un film dans lequel il partage l’affiche avec Jean-Claude Van Damme. Ni avancer sur le nouvel album qu’il a promis à ses fans.

Quant à Booba, une condamnation à de la prison ferme assortie d’un mandat de dépôt l’empêcherait de devenir le premier rappeur à remplir la salle de concert de Paris La Défense Arena, comme il a prévu de le faire le 13 octobre. Pour convaincre ses fans d’acheter des billets, il a promis sur Instagram d’être désormais « irréprochable » en publiant la vidéo d’un chaton jouant avec une souris. Une stratégie convaincante : mardi soir, il ne restait plus que 600 places disponibles sur 40.000.

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