Emmanuel Macron et François de Rugy le 20 novembre 2017 à l'Elysée. — LUDOVIC MARIN / AFP

GOUVERNEMENT

VIDEO. Remaniement ministériel: François de Rugy, un écolo «pragmatique» au gouvernement

Quel écologiste est le nouveau ministre de la Transition écologique et solidaire François de Rugy?

  • Il n’y a pas que leur style qui tranche : François de Rugy est plus réformiste que son prédécesseur Nicolas Hulot.
  • A 44 ans, cet autoproclamé « écolo pragmatique » devient ministre de la Transition écologique et solidaire.

Il n’aura eu que quelques rues à traverser. François de Rugy quitte ce mardi l’hôtel de Lassay pour entrer à l’hôtel de Roquelaure où il reprend le portefeuille de la Transition écologique et solidaire, lâché par Nicolas Hulot. A 44 ans, l’ancien président de l’Assemblée nationale a déjà un long CV politique au sein du mouvement écologiste. L’autoproclamé « écolo pragmatique » a toujours milité au sein de partis écologistes avant de rallier Emmanuel Macron et d’adhérer à En marche en 2017.

Prudence chez les écolos

Militant écolo depuis le lycée, François Goullet de Rugy (c’est son nom complet) a rejoint Génération écologie en 1991. « Il fait partie des écolos pragmatiques, ceux qui acceptent de parler avec les entreprises ceux qui savent que c’est plus compliqué que ça, par opposition aux écolos gauchistes », décrit Brice Lalonde, fondateur du parti. Ecologie ou gauchisme : il faut choisir était d’ailleurs le titre d’un livre que le Nantais a publié en 2015. Une ligne que le nouveau ministre a résumée ainsi lors de son discours de passation de pouvoir ce mardi :

Je serai toujours à l’écoute des contraintes réelles, économiques, mais je ne dévierai pas de la voie de la transformation écologique voulue par les Français lors de l’élection présidentielle et les législatives.

Un exercice d’équilibre pas toujours évident, qui lui vaut déjà un accueil prudent, voire hostile, chez les militants écologistes et les associations de défense de l’environnement. La fédération nationale des chasseurs, très anti-Hulot, s’est même félicitée de l’arrivée d’un « pragmatique » au ministère.

« Il n’a pas le look écolo »

« C’est le fantasme de dénoncer le faux écolo », balaie le député de la majorité François Michel Lambert, ex EELV comme Rugy, qu’il a ensuite rejoint au sein d’Ecologistes ! « Et puis il n’a pas le look écolo. Un 'vert' ça doit être mal habillé, mal coiffé », rit l’élu des Bouches-du-Rhône au sujet du quadra aux tempes grisonnantes coupées de près et aux costumes classiques. « Dans son quotidien, il fait des achats éco-responsables, roule avec toute sa famille en voiture hybride électrique, passe ses vacances à vélo », énumère le député.

Les défenseurs de l’environnement reconnaissent son engagement écologique et ses proches louent sa détermination. « Il défend ses positions jusqu’au bout. Quand il était adjoint de Jean-Marc Ayrault à la mairie de Nantes, il a pris position contre Notre-Dame-des-Landes, malgré le risque que cela comportait de s’opposer à Ayrault », rappelle François-Marie Lambert. « Il a d’ailleurs pesé dans la décision de l’exécutif d’abandonner le projet NDDL », assure l’élu des Bouches-du-Rhône.

Plus de sens politique et d’influence à l’Assemblée que Hulot

François de Rugy peut aussi ajouter à ses faits d’armes écolos son programme pendant la primaire socialiste de 2017 prônant une sortie progressive du nucléaire d’ici 2040 et 100 % d’énergie renouvelable en 2050. Plus récemment, il a plaidé pour l’inscription de principes écologiques dans la Constitution. « On n’a aucun doute sur ses convictions, mais est-ce qu’il aura le poids suffisant pour réussir là où Nicolas Hulot n’a pas réussi, c’est-à-dire à surmonter les oppositions des différents lobbies ? », s’interroge auprès de l’AFP Jean-Louis Bal, président du Syndicat des énergies renouvelables. Il devra aussi composer avec un tandem Macron-Philippe qui n’a pas vraiment la fibre écolo.

Pourra-t-il peser sur les arbitrages du gouvernement et défendre des réformes sur l’énergie, l’agriculture ou la mobilité ? « Si même Hulot, avec sa sincérité et sa popularité n’y arrive pas, c’est que les appareils politiques ne sont pas capables de défendre l’écologie », se désolait Delphine Batho dans nos colonnes en mai 2018. « Il n’a pas l’aura, le charisme ou l’expérience extraordinaire de Hulot… Mais on a vu que ça ne suffit pas à faire un ministre efficace », nuance Brice Lalonde.

Avec son parcours d’élu local puis d’apparatchik écologiste, François de Rugy a pour lui son expérience politique. Son passage au perchoir de l’Assemblée nationale lui permettra peut-être de bénéficier, contrairement à Nicolas Hulot, de meilleurs relais au sein de la majorité. Les débats sur le budget, la feuille de route énergétique de la France et la loi mobilités seront ses premiers tests.

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