Esteban Morillo arrive à son procès. — AFP

PROCES

Procès Clément Méric: Les «trous de mémoire» d’un des accusés

Après un faux départ ce mardi matin en raison de l’absence d’un des accusés, le procès dit « Clément Méric » du nom de ce jeune antifa tué lors d’une bagarre en 2013, s’est ouvert dans l’après-midi…

  • Esteban Morillo comparaît pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner ».
  • Il encourt 20 ans de réclusion criminelle.

Costume noir, cheveux bien peignés et barbe rase. Cinq ans après la mort de Clément Méric, militant antifasciste, Esteban Morillo, l’un des trois accusés, est presque méconnaissable. Difficile d’imaginer qu’il y a quelques années encore, le jeune homme de 25 ans arborait un look de skinhead et un tatouage « travail-famille-patrie » sur l’avant-bras. « Je ne savais pas que ça avait un rapport avec Vichy, je trouvais que la devise était belle », a-t-il expliqué, sans ciller, au premier jour de son procès pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner en réunion et arme ». Le tatouage a été recouvert au printemps.

Le physique a changé, le discours également. Si Esteban Morillo est très disert lorsqu’il s’agit d’évoquer sa jeunesse heureuse en Picardie, sa formation en boulangerie-pâtisserie ou sa passion pour les animaux, il est beaucoup moins enclin à se replonger dans son engagement nationaliste. Il affirme avoir été introduit dans le mouvement Troisième voie, un groupuscule d’extrême droite à l’idéologie raciste, par deux amis, à son arrivée à Paris, à 18 ans. A la barre, il ne cesse de minimiser son engagement. Jamais, assure-t-il, il n’a été adhérent. Seulement « sympathisant ». Et encore, quelques mois, en 2011. « Je les ai aidés sur des rassemblements pour faire du nombre. »

Troisième Voie, « une seconde famille »

Tout au long de l’audience, il s’emploie à tenir la politique à distance, décrit le mouvement - dissous après l’affaire - comme « un syndicat ni de droite, ni de gauche, avec une conviction solidariste ». Qu’est-ce que cela signifie, l’interroge la présidente. « Je ne sais même pas », admet le jeune homme. Il reconnaît finalement du bout des lèvres avoir été introduit par des connaissances d’extrême droite mais affirme qu’il était principalement là pour « être avec des amis ». « C’était une seconde famille ? », le questionne habilement la magistrate. « Oui, je voyais cela comme ça ».

Au moment de la mort de Clément Méric, assure-t-il, il s’était détaché de Troisième Voie, n’était plus un skinhead - « c’était des gros bourrins, ce que je ne suis pas ». Pourtant, fait remarquer Me Cosima Ouhioun, l’une des avocates de la famille de la victime, il a été vu en mai 2013 - soit un mois avant la mort du militant antifasciste - dans une manifestation portant le drapeau de la jeunesse nationaliste révolutionnaire, le bras armé de Troisième Voie. L’accusé admet avoir été présent - une photo le prouve - mais affirme avoir été mis en avant dans le cortège par hasard, simplement parce qu’il était vêtu de noir. Quand au drapeau, il n’en garde aucun souvenir.

Mein Kampf et « 88 »

Le discours est extrêmement lisse, bien rodé. Presque à l'excès. A chaque fois qu’il est mis en difficulté, Esteban Morillo invoque des trous de mémoire. Comme lorsque la présidente l’interroge sur son ancienne page Facebook, le seul livre mentionné était Mein Kampf et les discussions tournaient autour d’un tatouage « 88 » [pour Heil Hitler]. Pas de souvenirs. « Ce que vous appelez "changer", c’est gommer », le tance l’autre avocat de la famille Méric, Me Christian Saint-Palais. Une conviction partagée par l’avocat général. « On a du mal à croire que vous oubliez tant de choses alors que vous êtes jeune et que ce sont des choses extrêmement sérieuses. » Le procès doit se poursuivre encore dix jours.

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