Le musée national de Rio de Janeiro en flammes. — Leo Correa/AP/SIPA

CULTURE

Des étudiants créent un «panthéon» virtuel pour les œuvres détruites par l'incendie du musée de Rio

Les étudiants en muséologie de l’Université fédérale de l’État de Rio de Janeiro (Unirio) affirment avoir déjà reçu près de 7.000 mails avec des photos et des vidéos…

  • Des étudiants en muséologie ont entrepris de lancer une vaste opération sur les réseaux sociaux pour reconstituer virtuellement les différentes collections détruites par les flammes.
  • Ils affirment avoir déjà reçu près de 7.000 mails avec des photos et des vidéos.
  • La plateforme Wikipédia a également fait savoir qu’elle recherchait des photos pour les référencer sur son site.

C’était l’un « des joyaux culturels » du Brésil. Après l’incendie qui a ravagé dimanche dernier le Musée national de Rio de Janeiro, des internautes ont entrepris de lancer une vaste opération sur les réseaux sociaux pour reconstituer virtuellement les différentes collections d’œuvres et d’objets détruits par les flammes.

L’idée est née d’un groupe d’étudiants en muséologie de l’Université fédérale de l’État de Rio de Janeiro (Unirio). Ils ont d’abord commencé par partager des photos du musée pour ne pas « oublier » les richesses qu’il abritait. Leur initiative personnelle s’est ensuite étendue à leurs amis et le cercle s’est progressivement élargi, poussant les étudiants à lancer un appel plus global.

« Pour que l’héritage ne soit pas détruit deux fois : une fois par le feu et une autre par l’oubli »

« Ça a commencé par une envie de réunir nos photos entre nous, parce que c’est tout ce qu’il nous restait. On a commencé à se les partager entre nous, puis entre amis et amis d’amis et ça a pris des proportions gigantesques », a raconté Luana Santos au quotidien brésilien O Globo. « Je pense que le personnel du musée ne peut pas s’empêcher de penser à la catastrophe pour le moment, alors on a eu envie de faire quelque chose pour documenter les collections », a expliqué l’étudiante brésilienne.

Les étudiants en muséologie de l’Unirio affirment avoir déjà reçu près de 7.000 mails avec des photos et des vidéos. Ils espèrent ainsi créer un « panthéon » virtuel, un espace de mémoire à destination du public afin que « l’héritage ne soit pas détruit deux fois : une fois par le feu et une autre par l’oubli ».

Wikipédia cherche aussi des photos des 20 millions d’objets brûlés

L’initiative de ces étudiants pourrait encore s’étendre. Ils viennent de recevoir le soutien de Museofilia, un laboratoire péruvien qui mène des expériences innovantes en muséologie, qui a lancé un appel sur Facebook pour récupérer des images de la collection qui « contribueront au processus de reconstruction et de récupération de sa valeur comme l’une des institutions muséales les plus importantes du continent et du monde ».

La plateforme Wikipédia a également fait savoir qu’elle recherchait des photos pour les référencer sur son site. « Il y avait plus de 20 millions d’objets dans le #MuseuNacional. Avez-vous pris une photo de chacun d’entre eux ? Aidez-nous à préserver le plus de souvenirs possible et ajoutez-les à @wikicommons », a tweeté Wikipedia en expliquant la procédure à suivre.

« Un pan entier de l’histoire de l’Amérique du Sud qui a disparu »

Le Musée national de Rio abritait des œuvres d’une valeur inestimable, notamment une collection égyptienne, une autre d’art et d’artefacts gréco-romains, des collections de paléontologie comprenant un squelette d’un dinosaure trouvé dans la région de Minas Gerais ainsi que le plus ancien fossile humain découvert au Brésil, connu sous le nom de « Luzia ».

« Ce n’est pas un musée, mais un pan entier de l’histoire de l’Amérique du Sud qui a disparu. Un musée comme celui-ci qui brûle, c’est une civilisation qui meurt », a expliqué cette semaine à 20 Minutes Stéphen Rostain. « On a perdu des vestiges matériels incomparables de la civilisation amérindienne, et en parallèle, la destruction de la forêt amazonienne et des sites se poursuit. On efface des traces millénaires d’une civilisation non écrite », a déploré le chercheur.

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