Les trois accusés au procès sur la mort de Clément Méric — Benoit PEYRUCQ / AFP

PROCES

Procès sur la mort de Clément Méric: «Je savais que c’était moi qui l’avais tué», reconnaît Esteban Morillo

Accusé d'avoir porté des coups mortels à Clément Méric, l'un des prévenus a reconnu avoir frappé le jeune militant...

  • Trois accusés sont jugés jusqu’à la fin de la semaine pour la mort de Clément Méric.
  • Deux d’entre eux comparaissent pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner et en réunion » et encourent 20 ans de prison.

Il fond en larmes à la barre. Voilà plus de deux heures qu’Esteban Morillo retrace, devant la cour d’assises de Paris, l’après-midi du 5 juin 2013 et la bagarre au cours de laquelle Clément Méric, un jeune militant antifasciste, est décédé. « Quand j’ai compris qu’il était mort, j’ai senti tout s’effondrer autour de moi. Je savais que c’était moi qui l’avais tué », lâche l’accusé d’une voix chevrotante, les mains jointes devant la barre. Il comparaît, tout comme Samuel Dufour, pour des « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner, en réunion et avec arme », un crime passible de 20 ans de réclusion criminelle. Un troisième homme, Alexandre Eyraud, est renvoyé pour des violences sur les amis de la victime.

Esteban Morillo, aujourd’hui âgé de 25 ans, a reconnu tout au long de la procédure avoir donné deux coups de poing à Clément Méric. Mais dans cette affaire, comme l’a rappelé la semaine dernière un enquêteur de la brigade criminelle, « les détails ont une certaine importance ». A commencer par les circonstances de la rixe. Qui des skins ou des antifas a provoqué l’autre groupe ? Qui a donné le premier coup ? Des poings américains ont-ils été utilisés ? Des « détails » qui n’en sont pas puisque c’est sur ces éléments que s’appuie le groupe des skinheads pour plaider la légitime défense.

« Vous nous dîtes que vous avez une peur bleue mais vous ne vous carapatez pas »

A la barre, les accusés racontent qu’ils étaient effrayés par la présence des quatre antifas au pied de la vente privée. Et ce, en dépit d’une différence de carrures évidente. « On sait par expérience qu’il peut y en avoir dix qui vous tombent dessus », justifiait lundi soir Samuel Dufour. Pourquoi, alors, n’ont-ils pas suivi l’itinéraire recommandé par un vigile afin de contourner le groupe ? « Vous nous dites que vous avez une peur bleue mais vous ne vous carapatez pas », lâche, non sans une certaine ironie, la présidente. Alexandre Eyraud assure qu’ils souhaitaient regarder en face leurs « potentiels agresseurs », ses comparses expliquent sans ciller qu’ils ont fait ce choix par peur de se perdre, parce qu’ils « ne connaissaient pas le quartier ». N’y avait-il également une forme d’orgueil à passer devant eux, comme l’a suggérée l’ex-petite amie d’un des accusés. A cette question, tous restent silencieux.

Dans cette affaire, c’est parole contre parole. De part et d’autre, on s’accuse des premiers coups. Les témoignages sont contradictoires et la seule vidéo à disposition ne filme que les jambes des protagonistes. Seule certitude, la rixe dure en tout et pour tout sept secondes. Selon Esteban Morillo, Clément Méric l’a insulté alors qu’il passait à sa hauteur ce qui l’aurait poussé à s’approcher « pour en parler ». Des faits dont il n’avait jamais parlé auparavant. Il affirme avoir été rapidement encerclé par trois antifas. A l’entendre, il n’a fait que se défendre. « Je n’ai pas frappé pour lui faire mal mais pour le repousser. » Pourquoi alors avoir visé la tête, s’enquiert la présidente. « J’ai simplement frappé, j’ai pas réfléchi. »

S’il confie à la cour avoir un temps espéré que ses acolytes aient également frappé Clément Méric - « j’espérais que ce ne soit pas moi le meurtrier » - jamais il n’a chargé son co-accusé, Samuel Dufour. Lui, n'a eu de cesse de nier, affirmant qu’au moment des faits, il se battait avec un autre antifa. Quid de ce SMS envoyé à un ami le soir des faits : « salut, j’ai frappé avec ton poing américain […] bah, il est à l’hôpital » ? « J’ai dû vouloir me vanter », explique l’accusé à la barre. Un message d’autant plus embarrassant que les deux hommes démentent fermement avoir utilisé un poing américain ce jour-là.

Serge Ayoub ou l’indécence à la barre

Ce n’est que tard dans la nuit, après avoir passé la soirée au Local, le bar de Serge Ayoub, fondateur du groupuscule d’extrême droite Troisième Voie, que tous apprendront la gravité des blessures de Clément Méric. Depuis le début du procès, Esteban Morillo tente par tous les moyens de faire oublier son passé de skinhead, minimisant au maximum ses liens avec le mouvement de Serge Ayoub. Pourtant, c’est ce dernier qu’il appelle juste avant puis juste après la bagarre et c’est dans son bar qu’il passe la soirée.

Après s’être fait porter pâle la semaine dernière, le leader du groupuscule dissous, est finalement venu témoigner. Que se sont-ils dit au Local juste après la bagarre ? « Grosso modo, ouf, on s’en est bien sorti, c’était juste une grosse bousculade », affirme la figure d’ultra-droite, rappelant qu’à ce moment-là, tous ignoraient la gravité des blessures de Clément Méric. Que leur a-t-il conseillé ? De « prendre un avocat » et « de se rendre ». Mais Serge Ayoub n’est pas très enclin à se remémorer les faits. S’il avait, comme il l’affirme, cherché à venir en aide aux accusés au moment de l’affaire, il s’est livré ce mardi à un véritable travail de sape de la défense, dissertant sur le fascisme et les croix gammées qui pour ces gamins « veulent juste dire ‘va te faire foutre’», ironisant sur la mort de la victime. « Il l’a voulu », lâche-t-il dans un summum d’indécence. Le verdict est prévu pour le 14 septembre.

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