Richard Ferrand, le 21 juin 2018 à Quimper. — ludovic MARIN / AFP

REPORTAGE

Présidence de l'Assemblée: Pourquoi l'élection de Richard Ferrand ne suscite pas l'euphorie chez les marcheurs

Le député du Finistère Richard Ferrand a été choisi ce lundi par ses pairs macronistes pour être le candidat du parti présidentiel à l'élection du président de l'Assemblée...

  • Les députés LREM réunis en séminaire à Tours ont élu dès le premier tour leur président de groupe Richard Ferrand pour la candidature macroniste au perchoir.
  • Les marcheurs disposant d’une large majorité dans l’hémicycle, il est assuré d’être élu président de l’Assemblée mercredi.
  • Mais son profil fait grincer les dents au sein du parti présidentiel et sa succession à la tête du groupe parlementaire suscite bien des questions.

De notre envoyée spéciale à Tours (Indre-et-Loire),

Richard Ferrand est en route pour le perchoir de l’Assemblée nationale, au terme d’une élection interne sans suspense mais non sans conséquences. Les députés de La République en marche sont réunis depuis ce lundi matin, jusqu’à mardi, à Tours, pour un séminaire de rentrée. Le coup d’envoi a été le scrutin pour désigner le candidat de la majorité à la présidence de l’Assemblée, un poste laissé vacant par François de Rugy, nommé ministre de la Transition écologique le 4 septembre dernier.

Une campagne interne agitée

Cette nomination avait suscité une campagne agitée au sein du parti présidentiel, divisé sur les questions de renouveau et de féminisation des hautes fonctions de l’Etat. Face au grand favori Richard Ferrand, les députées Barbara Pompili et Cendra Motin s’étaient présentées comme les candidates du renouvellement, mot cher aux marcheurs. Une troisième candidate, Yaël Braun-Pivet, avait qualifié la candidature de Richard Ferrand de « pas à la hauteur de notre mouvement et des aspirations des Français au renouvellement » avant de se retirer subitement pour le rallier.

« C’est une campagne interne, ça n’aurait pas dû se passer sur les réseaux sociaux », déplore Thomas Mesnier, député de la Charente, un peu avant le vote. Pourtant les déclarations de vote ont fleuri ces derniers jours sur Twitter, et même auprès des médias pour certains députés plus enhardis que d’autres. De très nombreux élus affichaient leur favori et certains appelaient leurs collègues à suivre leur choix. Une campagne au cours de laquelle le match Ferrand-Pompili s’était mis en place, la députée venue des rangs écolos récoltant un certain nombre de soutiens.

Plus d’un tiers des députés n’a pas choisi Ferrand

Elle est arrivée en deuxième position lors du premier tour de l’élection ce lundi, avec 85 voix (sur 291 suffrages exprimés, soit 29,21 %). Richard Ferrand obtient 64,26 % des suffrages exprimés, avec 187 voix. Quant à la députée de l’Isère Cendra Motin et l’ex-UDI Philippe Folliot, ils engrangent respectivement 5,15 % et 1,37 %, alors que 8 députés se sont abstenus. In fine, le marcheur de la première heure et proche d’Emmanuel Macron l’emporte largement dès le premier tour, mais plus d’un tiers des députés ne l’ont pas choisi pour le perchoir. Cela n’empêche pas Christophe Castaner, patron du parti, de voir dans ce vote « l’attachement du groupe des députés à Richard Ferrand ».

Sans surprise, sa fidélité au chef de l’Etat a donc été récompensée par les macronistes lors d’un vote qui s’est mieux déroulé que l’élection de Christophe Castaner il y a près d’un an, au poste de délégué général du mouvement. Ce lundi, les bulletins et isoloirs ont remplacé le vote à main levée et seuls 19 inscrits n’ont pas voté (8 abstentions, 11 absents), quand près d'un tiers des votants ne s’était pas prononcé sur la désignation de « Casta » en novembre dernier. « C’est un progrès », se réjouit le député des Français de l’étranger Joachim Son-Forget, qui salue « un vote de confiance ».

« Un choix trop traditionnel »… «on n'a pas été audacieux »

Mais les députés n’étaient pas très nombreux à sortir saluer l’élection de Richard Ferrand devant les caméras, préférant rester dans le huis clos des ateliers organisés ce lundi. Quant aux soutiens de Barbara Pompili, ils étaient déçus, à l’instar de Sandrine Mörch : « on est encore trop traditionnels avec ce résultat, mais c’est une étape de plus vers la liberté, et l’opinion publique est avec nous », dit l’élue de Haute-Garonne qui a « lancé en sous-marin » la candidature de l’écolo, rêvant de voir «pour la première fois uen femme au perchoir». « Loyauté ne veut pas dire conformisme, ce matin on n'a pas été audacieux », lance la députée de la Manche Sonia Krimi, un ton plus haut.

Matthieu Orphelin, venu des rangs écolo comme Barbara Pompili, promet déjà « des propositions pour améliorer le fonctionnement du groupe parlementaire ». Comme un avertissement adressé au successeur de Richard Ferrand, qui laisse vacant le poste de président du groupe LREM à l’Assemblée.

La promesse de renouvellement et de féminisation mise à mal ?

Elu politique depuis 20 ans (conseiller général, puis régional et enfin député depuis 2012), cet ancien encarté au PS a été l’un des premiers députés à rallier Emmanuel Macron, en 2016. En récompensant « le premier des marcheurs » (selon le député de la Vienne Sacha Houlié), les macronistes ont-ils mis à mal leur promesse de renouvellement de la classe politique ? En plus de son CV, les déboires judiciaires de Richard Ferrand, 56 ans, l’ont obligé à quitter le gouvernement au bout d'un mois en juin 2017.

Ancien directeur général des Mutuelles de Bretagne de 1998 à 2012, il est toujours sous le coup d’une information judiciaire pour « prise illégale d’intérêts », après une première enquête classée sans suite. Une casserole pour celui qui est assuré de devenir le quatrième personnage de l’Etat mercredi lors du vote solennel à l’Assemblée ? Les marcheurs font bloc. « Ça fait des mois qu’on parle de cette affaire et il ne se passe rien, il n’est pas mis en examen », balaie Thomas Mesnier.

Le jeu de chaises musicales se poursuit

Cette élection avait suscité l’espoir de voir une femme accéder pour la première fois au perchoir de l’Assemblée, alors que La République en marche a fait campagne sur la féminisation de la vie politique. A la sortie du scrutin, ces espoirs sont douchés et Richard Ferrand répond plutôt sèchement aux journalistes devant le centre de congrès : « Le choix s’est porté sur moi, vous me pardonnerez de ne pas être une dame ».

La place des femmes dans l’organigramme de l’Assemblée et du parti est toutefois scrutée par les députés et les adhérents. « Il y a de fortes attentes et une revendication collective pour que la présidence du groupe soit assurée par une femme », note Thomas Mesnier. Car le jeu des chaises musicales ne fait que commencer : Richard Ferrand n’est pas encore au perchoir qu’il faut déjà lui trouver un remplaçant pour présider le groupe des plus de 300 députés. Le bureau se réunit ce lundi soir pour fixer les modalités de son élection, avec pour objectif un vote le mardi 18 septembre. L’issue de cette nouvelle bataille interne s’annonce plus incertaine que celle pour le perchoir.

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