Un partisan du «Stopping Brexit, photographié devant Westminster, à Londres le Brexit, le 10 septembre 2018. — Alastair Grant/AP/SIPA

DEAL OR NO DEAL

VIDEO. Brexit: Où en sont les négociations, six mois avant la sortie du Royaume-Uni de l’UE?

A l’occasion de l'édition spéciale Brexit d'« Avenue de l’Europe, le mag » diffusée ce mercredi France 3, 20 Minutes, partenaire de l'émission, revient sur l'incertitude qui plane toujours à six mois de la sortie programmée du Royaume-Uni de l'UE...

  • L’accord sur le Brexit ne sera probablement pas conclu d’ici le conseil européen du 18 octobre, comme initialement prévu.
  • La question de la frontière nord-irlandaise est devenue un point de dispute.
  • L’opinion britannique reste très divisée sur le sujet.

L’horloge du Brexit tourne, et pour l’instant il est toujours impossible de dire avec précision ce qui se passera à la date fatidique du 30 mars 2019. Alors qu’une réunion informelle des chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE est prévue à Salzbourg (Autriche) la semaine prochaine, avant un conseil européen en octobre, les négociateurs européens et britanniques ont toujours autant de mal à trouver des compromis.

Le plan de la Première ministre britannique Theresa May sur la création d’une nouvelle « zone de libre-échange » avec l’UE, reposant sur un ensemble de règles communes concernant les biens et le secteur agro-alimentaire, est loin de satisfaire Bruxelles, très attaché à l’indivisibilité des quatre libertés de circulation (marchandises, capitaux, services, personnes). Pour l'UE, pquestion que la libre circulation continue de s’appliquer pour les marchandises mais pas pour les services ou les personnes. A l’occasion de l'édition spéciale Brexit d'Avenue de l’Europe, le mag diffusée ce mercredi à 23h20 sur France 3, 20 Minutes fait le point sur ce dossier complexe.

Où en sont les négociations sur le Brexit ?

« Ce n’est pas faux de dire, comme Michel Barnier [chargé des négociations pour l’UE], que «80 %» de l’accord est bouclé, explique Christian Lequesne, professeur à Sciences Po et spécialiste de l’Union européenne. Le problème, c’est que les «20 %» restants sont loin d’être réglés. » Les discussions achoppent notamment sur la question irlandaise : l’Irlande du Nord, rattachée au Royaume-Uni, partage l’île avec l’Irlande (Eire), indépendante et membre de l’UE. Le Brexit pourrait conduire à la réapparition d’une frontière physique entre les deux parties de l’île.

Mais pour des raisons historiques, « personne n’a intérêt à un raidissement de la situation et au retour d’une frontière dans une zone marquée par des années de conflit [et des milliers de morts], rappelle Philippe Marlière, professeur de sciences politiques au University College de Londres. » Olivier Marty, enseignant en questions européennes à Sciences Po, complète : « le rétablissement d’une frontière dans les terres peut raviver les tensions confessionnelles. Une solution avait été trouvée en décembre 2017 : elle consistait à prévoir des contrôles douaniers conjoints UE-Royaume Uni en Mer d’Irlande »

Pourtant, « le gouvernement britannique de Theresa May ne veut plus de la solution proposée, constate Philippe Marlière. C’est une position idéologique, car les Conservateurs sous soumis à des critiques très fortes dans leur camp, et ils veulent montrer qu’ils restent intransigeants dans les négociations ».

Un accord verra-t-il le jour avant mars 2019 ? 

Les spécialistes interrogés par 20 Minutes sont divisés sur la question. Pour Philippe Marlière, « on ne connaît toujours pas le contenu de l’accord. Ceux qui faisaient la promotion d’un Brexit qui serait l’aboutissement de négociations faciles ont perdu. Plus personne ne croit à ça, le monde économique se pose des questions. Le gouvernement commence même à imaginer une situation d’urgence où il n’y aurait pas d’accord. Dans ce cas, la libre circulation des produits s’arrêterait et pourrait retarder l’acheminent de denrées ou de services, avec un risque de pénuries ».

Un scénario extrême qui ne convainc pas Olivier Marty, enseignant en Questions européennes à Sciences Po. « Il y a trop d’intérêts en jeu des deux côtés, observe-t-il. Le Royaume Uni dépend massivement du marché unique pour son commerce extérieur. Pour les États européens, il est important, par exemple, de continuer à accéder au marché britannique de l’automobile ou de l’énergie. L’absence d’accord signifierait aussi que les Britanniques ne régleraient pas leurs engagements financiers ! Aussi, la mécanique européenne aboutit le plus souvent à des accords, fussent-ils boiteux. »

De son côté, Michel Barnier a estimé lundi qu'il était « réaliste » d'arriver à un accord avec le Royaume-Uni sur son départ de l'Union européenne d'ici « six à huit semaines », au cours d'une conférence en Slovénie, le Bled Strategic Forum 2018.

Qu’en pensent les Britanniques ?

La question de l’opinion est aussi cruciale, car de plus en plus de partisans du « Remain » (rester dans l’UE) se mettent à espérer un second référendum pour inverser le résultat du premier. « Il n’y a aucune certitude sur l’issue d’un nouveau scrutin, prévient Christian Lequesne. Les lignes de clivage de la société britannique n’ont quasiment pas bougé. Si vous allez à Londres, vous allez trouver de nombreuses personnes contre le Brexit. En revanche, si vous allez dans des petites villes ou dans le nord de l’Angleterre, des régions plus sinistrées, ce sera l’inverse ».

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