Illustration d'un surveillant de prison, ici au sein de l'établissement pénitentiaire de Brest, dans le Finistère. — Fred Tanneau / AFP

JUSTICE

Politique carcérale: Nicole Belloubet doit présenter un plan pour en finir avec les prisons «indignes»

La ministre de la Justice doit présenter, ce mercredi en conseil des Ministres, un plan très inspiré du discours prononcé par Emmanuel Macron, en mars…

  • Un plan pénitentiaire doit être présenté en conseil des ministres ce mercredi.
  • Il doit faire la part belle aux alternatives à l’enfermement.
  • Jugeant la situation « indigne », Emmanuel Macron en avait dévoiler les principales mesures en mars.

« Indigne. » Voilà le mot qu’Emmanuel Macron avait choisi, en janvier, pour qualifier la situation des prisons françaises, à l’occasion de la rentrée solennelle de la Cour de cassation. Huit mois plus tard, Nicole Belloubet, la ministre de la Justice, doit présenter, ce mercredi en conseil des ministres, un plan afin d’améliorer la politique carcérale.

Aux éternels problèmes de surpopulation carcérale (118 % au 1er août) et de violences envers les surveillants s’est récemment ajoutée une polémique suite à la hausse sensible du nombre de suicides derrière les barreaux. Mardi, la prison de Fleury-Merogis (Essonne) a ainsi enregistré le douzième suicide d’un détenu, contre trois sur l’ensemble de l’année 2017.

Encore et toujours favoriser les alternatives à l’enfermement

Dans ce contexte, Nicole Belloubet a la lourde tâche de « redonner du sens à la peine de prison » et de « favoriser la réinsertion ». C’est ce que le président de la République lui avait demandé lors d’un discours fondateur sur les prisons prononcé en mars à l’École nationale d’administration pénitentiaire, située à Agen (Lot-et-Garonne).

« Le plan pénitentiaire est en grande partie et directement issu des annonces qui avaient été faites ce jour-là par le chef de l’État, indique une source à la Chancellerie. Il s’agit essentiellement de mesures destinées à améliorer l’efficacité des peines prononcées. »

Et à faire en sorte qu’elles ne mènent pas toutes, en réalité, derrière les barreaux. Emmanuel Macron avait en effet promis la fin de l’automaticité de l’emprisonnement pour les peines inférieures à un an, offrant le choix aux juges de choisir des alternatives telles que le placement sous bracelet électronique. Dans le même ordre d’idée, Emmanuel Macron avait aussi annoncé la fin des peines de prison de moins d’un mois, afin de libérer un peu d’espace dans les établissements. Et proposer que les délits routiers (conduite sans permis) et la consommation de stupéfiants soient désormais sanctionnés par des peines d’amende.

Fin de la doxa sur la construction de places de prison

Des propositions qui, à l’époque, avaient choqué la droite mais avaient plutôt séduit les syndicats, pourtant très remontés après les multiples agressions de la fin d’année 2017. « Si le plan présenté par la garde des Sceaux reprend les annonces de mars, c’est bien, commente ainsi auprès de 20 Minutes Christopher Dorangeville, secrétaire national de la CGT Pénitentiaire. Sauf que nous aimerions même que le gouvernement aille encore plus loin. »

Ce n’est pas à exclure. A un mois de l’examen parlementaire de la loi de programmation de la justice, Nicole Belloubet assume désormais le programme prévoyant la construction de 7.000 places de prison sur la durée du quinquennat alors qu’Emmanuel Macron en avait promis 15.000, lors de la campagne.

Face au Front national qui en souhaite 40.000 et aux Républicains qui en veulent 16.000, la ministre de la Justice semble désormais donner raison aux multiples études qui ont démontré que l’enfermement n’était pas la recette idéale pour lutter contre la récidive. Illustration dès ce mercredi après-midi : elle doit se rendre à Villejuif (Val-de-Marne) pour visiter un Quartier pour peine aménagée (QPA) qui permet justement aux détenus de se réinsérer. « Un dispositif trop peu développé », de l’aveu même d’une source au sein de l’administration pénitentiaire.

>> Justice : Toutes les mesures du plan Macron pour les prisons

>> Analyse : Pourquoi Macron veut s'attaquer aux « courtes peines » ?

>> Enquête : Pourquoi est-ce si difficile d'enquêter sur les suicides en prison ?

À la une