La Nasa a diffusé le 24 juillet 2015 cette image qui combine plusieurs photographies de Pluton, colorées pour faire ressortir les différences de composition à sa surface. — AP/SIPA

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Pluton, une planète? «Les débats ont été houleux et ne sont pas toujours impartiaux»

«20 Minutes» a interrogé Alain Doressoundiram, astrophysicien à l’Observatoire de Paris sur les débats autour de Pluton et la définition de planète…

Bon alors, Pluton, planète ou pas planète ? Le 24 août 2006, la 26e assemblée générale de la très sérieuse Union astronomique internationale (UAI) tranche : Pluton est déchue de son rang de 9e planète du système solaire. Depuis cette date, ses défenseurs tentent de réhabiliter le corps céleste découvert en 1930, avec des arguments plus ou moins sérieux.

Une étude américaine publiée dans le journal Icarus tente une fois encore de lui rendre son rang. 20 Minutes a interrogé Alain Doressoundiram, astrophysicien à l’Observatoire de Paris et co-auteur d'Aux Confins du système solaire [2008, Belin] sur la définition de planète.

Pourquoi l’Union astronomique internationale se penche en 2006 sur le cas de Pluton ?

Avant 2006, il n’y avait pas vraiment de définition d’une planète. On découvre ces années-là de plus en plus d’objets transneptuniens (au-delà de Neptune), mais de petites tailles. On les suspectait depuis au moins 50 ans, mais personne ne les avait découverts. Il a fallu attendre l’avènement de nouvelles caméras électroniques pour révolutionner notre connaissance de l’univers. On considère alors qu’une planète est un objet qui tourne autour du Soleil, avec un critère subjectif de taille : Pluton étant un gros objet, on l’a appelé planète.

Mais le destin fatal de Pluton s’accélère en 2005, quand Michael Brown, un grand chasseur d’objet transneptunien [plus loin que Neptune], découvre un objet de taille similaire à Pluton. On comprend alors qu’il y a une dizaine d’objets d’une taille équivalente. C’est le début d’un malaise : va-t-on devoir nommer des dizaines ou des centaines de planètes ? Il faut prendre une décision pour clarifier cette notion auprès du grand public.

Comment la définition de planète a-t-elle été choisie ?

Un débat s’instaure pour choisir une définition scientifique non contestable. Un gros objet, ça veut dire quoi ? Quelle limite ? Ceux qui sont pour cette définition sont forcément partiaux pour mettre Pluton dedans ou dehors. D’autres pensent à la présence d’atmosphère. Pluton en a une… mais Mercure n’en a pas. Finalement, on comprend que la définition doit correspondre à notre compréhension de la formation des planètes. Une planète doit remplir trois critères : tourner autour du soleil, être à peu près rond, et doit avoir fait le ménage de son orbite. Une planète se forme par accrétion, elle tourne dans un disque rempli de petits grains et grumeaux, qui se rassemblent pour former un corps plus gros, et ainsi de suite comme une boule de neige qui dévale une pente.

Ce critère exclut Pluton. Car dans le système solaire, il existe deux endroits où cette accrétion n’est pas achevée : la ceinture d’astéroïdes, entre Mars et Jupiter, et la ceinture de Kuiper, où il existe une myriade de petits corps, dont Pluton.

Que pensez-vous de l’étude de l’université de Floride centrale qui estime notamment que la définition de nettoyage d’orbite n’est pas un critère objectif puisque aucune planète ne l’effectue totalement ?

Pluton ne pourra jamais achever son processus de nettoyage d’orbites, car elle est trop distante des autres corps, il n’y a pas assez de densité de matière dans la ceinture de Kuiper pour que tous se rencontrent. La notion de nettoyer son orbite est relative, mais il faut que le corps soit dominant sur son environnement orbital : la Terre est ainsi cent fois plus massive que la Lune, pareil pour Jupiter et ses satellites. En revanche, il existe une dizaine d’objets connus comme Pluton.

Comment expliquer les résistances autour de cette définition, et la volonté de réhabiliter Pluton ?

Les débats ont été houleux et ne sont pas toujours impartiaux. Les mauvaises langues disent que les Américains sont les plus virulents car Pluton est la seule « planète » qu’ils ont découverte. Dans l’étude citée ci-dessus, il y a Alan Stern, grand opposant de cette nouvelle définition. La fierté de son équipe était d’avoir envoyé en 2006 une sonde vers la planète la plus éloignée du système solaire. Mais en 2015, au moment de son arrivée, celle-ci s’est transformée en planète naine…

Ça n’empêche que Pluton est objet ultra-intéressant, aussi actif que la Terre voire plus, avec des paysages géologiques très variés, des vents, des glaciers. Cette destitution n’enlève rien de son intérêt. Il existe aujourd’hui un grand consensus sur cette définition des planètes. Celle-ci n’est pas figée et évoluera en fonction de nos connaissances et de nos avancées technologiques.

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