Une intelligence artificielle, c'est mieux que pas d'ami? Illustration — Thanassis Stavrakis/AP/SIPA

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Vous vous sentez seul? Pas grave, les assistants virtuels vont devenir vos amis (ou pas)

Selon une étude présentée à l’occasion de Paris Retail Week, 25% des Français de moins de 35 ans pourraient utiliser les assistants conversationnels comme simple ami...

  • La 4e édition de Paris Retail Week a lieu les 10-11-12 septembre 2018 à Paris expo Porte de Versailles.
  • Selon une étude de Havas Paris présentée à cette occasion, 25 % des Français de moins de 35 ans pourraient utiliser les assistants conversationnels comme simple ami.
  • Pour l’instant, l’IA n’est pas à la hauteur pour prendre la place de nos amis.

Ils vous aident à faire vos recherches sur Internet, notent vos rendez-vous dans l’agenda, vous réveillent le matin… Si, pour l’instant, les assistants virtuels ont plus de points communs avec Joan Holloway, la géniale secrétaire de Mad Men, ou votre mère (on ne juge pas), qu’avec le témoin un peu lourdaud de votre mariage, l’intelligence artificielle pourrait vous débarrasser une bonne fois pour toutes de votre meilleur(e) pote commère et égocentrique.

Un quart des moins de 35 ans n’attendraient que ça, selon un sondage de Havas Paris présentée à l’occasion de Paris Retail Week cette semaine. Imaginez : une oreille prête à vous écouter tout le temps, qui ne vous juge pas et ne vous contredit jamais, ce serait le pied, non ? Mais les assistants virtuels seront-ils assez intelligents pour donner l’illusion d’entretenir une vraie relation (et faut-il vraiment l’espérer) ?

Plus de deux millions de 15-30 ans souffrent de solitude en France

Quand on sait à quel point les jeunes se sentent isolés, on n’est pas surpris d’apprendre que 25 % des Français de la génération Y s’imaginent utiliser les assistants conversationnels comme simple ami, pour parler de choses et d’autres et avoir de la compagnie (contre 33 % des Américains), selon la même étude. En 2017, ils étaient plus de deux millions âgés de 15 à 30 ans à souffrir de solitude en France, selon une enquête du Crédoc pour la Fondation de France.

L’arrivée des assistants virtuels pourrait apporter un peu de compagnie à tous ces esseulés. Alexa, Siri, Cortana vous taperaient la discussion dans votre salon à la manière du système d’exploitation à la voix très sexy de Her de Spike Jonze. Mais, malgré les progrès technologiques, on n’y est pas.

L’IA « a moins de sens commun qu’un rat »

« Aujourd’hui, il existe des expériences de chatbots développés pour faire la conversation, c’est amusant pendant un instant mais on se lasse au bout de quelques minutes car ils ne tiennent pas sur la longueur », explique Jean-Claude Heudin, professeur et chercheur en intelligence artificielle (IA).

L’IA bute sur de nombreuses subtilités de la communication. Elle ne comprend pas les sous-entendus, les intonations de la voix et, comme dirait Yann Le Cun, directeur de la recherche en intelligence artificielle de Facebook, elle « a moins de sens commun qu’un rat ». « Le sens commun représente tous les savoirs de base sur le monde : certains objets sont carrés d’autres ronds, certains objets sont animés d’autres pas… Par exemple, savoir que quand quelqu’un sort d’une pièce, il peut revenir », expliquait-il lors d’un dîner informel organisé fin septembre 2017. Toute cette connaissance tirée de l’expérience, la machine ne l’a pas.

« Ce n’est ni intelligent, ni artificiel, c’est surtout très bête »

Et ces lacunes vont se ressentir dans ses réponses. « On a tendance à surestimer la qualité de l’expérience utilisateur des agents conversationnels tels qu’ils existent aujourd’hui, même des meilleurs, insiste de son côté Nicolas Miailhe, cofondateur et président de l’association The Future Society. Même si on a fait des bonds en matière de langage naturel, on est loin de la richesse d’une conversation profonde », critique-t-il.

Les technologies qui sous-tendent la vague actuelle d’intelligence artificielle sont des technologies de statistiques. « Quand un agent conversationnel donne l’impression qu’il vous a compris, c’est une somme de calculs statistiques. On ne parle pas d’intelligence, on parle de capacité à faire sens d’une situation mais l’intelligence artificielle n’a même pas conscience qu’elle vous a répondu », poursuit Nicolas Miailhe. Il y a une forme d’illusion. « Ce n’est ni intelligent, ni artificiel, c’est surtout très bête », conclut-il.

« Et comme c’est une machine, elle n’a pas le droit à l’erreur », note Jean-Claude Heudin. Si elle ne comprend pas du premier coup ce qu’on lui dit, on va la trouver nulle. On est plus tolérant quand un ami nous fait répéter plusieurs fois - même si on finit par s’agacer. « Si on envisage d’être ami avec un agent conversationnel qui n’a pas la capacité d’être sensuel, qui n’a pas de conscience, ni de sens commun, on transforme profondément la notion d’amitié », insiste Nicolas Miailhe. Si vous êtes prêt à traîner avec une machine plus idiote qu’un animal et toujours à côté de la plaque, why not. Qui sommes-nous pour juger ? Mais vous risquez de passer votre vie à vous ennuyer... On vous aura prévenus.

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