Rachid Taha lors d'un concert en 2005. — LOIC VENANCE / AFP

NECROLOGIE

Mort de Rachid Taha: Une carrière pour explorer un monde de sonorités au-delà de «Ya Rayah»,

L’ex-leader du groupe Carte de séjour et membre de « 1,2,3 soleils », Rachid Taha est décédé mercredi. S’il était surtout connu pour sa reprise de « Ya Rayah », il n’en a pas moins livré une œuvre musicale éclectique…

Ya Rayah. Tout le monde aura dansé sur cette reprise qui restera certainement son plus gros tube. Mais il serait injuste de réduire à ce morceau la carrière musicale de  Rachid Taha, mort dans la nuit de mardi à mercredi à l’âge de 59 ans.. 

Le chanteur aura surtout remis le raï au goût du jour, en devenant l’une des figures incontournables de la musique traditionnelle arabe. Les chansons reprises par sa voix éraillée auront participé à la visibilité et à la défense de la communauté et de la culture maghrébine en France.

Une jeunesse française

Né à Oran (Algérie) en 1958, Rachid arrive en Alsace à l’âge de 10 ans, dans la petite ville de Sainte-Marie-aux-Mines. Rapidement, le jeune homme s’émancipe et enchaîne les petits boulots. Au début des années 1980, il s’installe à Lyon, et commence à s’orienter vers la musique alors qu’il est encore ouvrier.

A l’usine, il rencontre Mohamed et Moktar Amini, des collègues qui deviendront le guitariste et le bassiste de son groupe, Carte de séjour. Les cols bleus musiciens attendront d’être rejoints en 1982 par la guitare de Jérôme Savy pour sortir un maxi 45 tours de quatre titres tout simplement intitulé Carte de séjour.

La formation prend vite le chemin du rock, alliant à la fois musique traditionnelle arabe et chanson française. Carte de séjour puisera surtout son inspiration dans sa participation à la marche des beurs, contre le racisme. Après leur premier album Rhoromanie en 1984, c’est le succès avec la sortie de leur nouvel opus 2 1/2, dont la reprise de la chanson Douce France de Charles Trenet  vise directement le gouvernement. Des disques avaient notamment été distribués à l’Assemblée nationale. A travers ses textes, Taha n’aura jamais cessé de lutter contre l’intolérance envers les immigrés.

Des 90’s plus électro

En 1989, il s’installe aux Etats-Unis et change complètement de style en sortant Barbès, en 1991.Toujours imprégnés de rock, ses morceaux deviennent plus électro, voire techno. Dans un disque qui porte son nom, sorti en 1993, les DJ britanniques s’arrachent la partie instrumentale de Voilà Voilà.

Deux ans plus tard, Olé Olé montre une nouvelle fois le talent de Taha qui manie techno, house et musique traditionnelle à la perfection. La fin des années 1990 marque l’apogée de l’histoire d’amour entre le chanteur et le raï. Le double CD compilation Carte Blanche met en lumière cette fameuse reprise de Ya Rayah.

Le raï du succès

Carton encore aux côtés de Faudel et Khaled au sein de 1,2,3 soleilsL'album live unique enregistré au Palais omnisports de Paris-Bercy en 1998 est un énorme succès. Le trio reprend les chansons des plus grands chanteurs arabes des années 1950 et 1960 : Abdel Kader de Khaled Hadj Brahim et Mustafa Kada, Didi de Cheb Rabah, ou encore une fois Ya Rayah, de Dahmane El Harrachi.

Le retour en solo s’annonce un peu plus confidentiel pour Taha, qui continue malgré tout à enchaîner les reprises traditionnelles et les nombreuses sorties d’albums : Made in Medina, Tékitoi, et Diwan 2, qui s’inscrit dans la continuité du premier volume, avec de nombreux classiques égyptiens et des chansons de tradition oranaise.

En 2016, Rachid Taha reçoit une victoire de la musique pour l’ensemble de sa carrière, avant de créer le projet CousCous Clan avec Rodolphe Burger. Il s’apprêtait à sortir chez Believe un nouvel album, dont le premier single devait s’intituler Je suis africain. Tout un symbole.

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