Nordine Salhi et Karim Jebli sont à l'origine de la websérie Les Déguns — Mathilde Ceilles / 20 Minutes

PORTRAITS

VIDEO Marseille: Du quartier au cinéma, récit de la success story des «Déguns»

Encore inconnus il y a quelques années, les Marseillais Karim Jebli et Nordine Salhi sont la tête d'affiche d'un film adapté de leur websérie «Les Déguns»...

  • Nordine Salhi et Karim Jebli sont les créateurs de la websérie «Les Déguns».
  • De cette série est né un film sorti au cinéma ce mercredi.

Sur le canapé, les traits sont un peu tirés. Dans un éclair de folie, Nordine Salhi tient à faire savoir à son public qu’il aime le tiramisu, parce qu’il contient de la caféine, une substance dont il a bien besoin en ce moment — voilà Nordine, chose promise, chose due.

A ses côtés, Karim Jebli se marre. Quand ce n’est pas l’inverse. On peut aisément comprendre la fatigue des deux Marseillais. Les voilà à la fin d’un long marathon. Ce mercredi est sorti dans les salles de cinéma leur premier film, Les Déguns. Une version grand écran de leur websérie humoristique dont les épisodes comptabilisent jusqu’à 5,6 millions de vues, et qui mettent en scène les aventures de deux ratés à Marseille.

Rencontre à la Sauvagère

A 23 et 24 ans, la trajectoire est peu banale pour ces deux amis, originaire de la cité la Sauvagère. Le début de l’histoire est difficile à déterminer. La rencontre s’est faite sur les bancs de l’école de ce quartier du IXe arrondissement de Marseille. La complicité a commencé à naître sur les terrains de foot. En grandissant, l’humour est venu consolider les liens.

« C’est vrai, on a commencé par se vanner entre nous », reconnaît Nordine, ou Nono pour les intimes. « Qu’est ce que j’ai pu rigoler sur sa mère, s’esclaffe Karim. Les gens nous regardaient nous insulter, ils ne comprenaient pas, mais en vrai, c’était de la vanne, on est comme des frères. » Petit à petit, la blague devient leur arme de défense massive au sein du quartier. « On a commencé à vanner les autres, à deux, pour attaquer ceux qui attaquaient, et là, ils ne pouvaient rien », constatent-ils en chœur.

« On avait envie de faire quelque chose »

A la fin de la quatrième, Karim lâche les cours. « Enfin, c’est plutôt les cours qui m’ont lâché, sourit-il. J’étais un élève turbulent. Il y avait trop d’ordre. Moi j’étais plus dans la déconnade. Je préfère apprendre en m’amusant. » Nono pousse jusqu’au BTS. Karim traîne devant le lycée avec son pote, puis au quartier.

La websérie naît dans ce contexte-là. Comment ? A chaque interview, les deux comparses inventent une nouvelle histoire. « La vérité, c’est qu’on ne sait pas la réponse, sourit Nono. On avait envie de faire quelque chose et de rire. » « L’ennui développe la créativité, poursuit Karim. On avait envie de faire même si on n’avait pas forcément les moyens. » La réalisation, l’audiovisuel ? A mille lieues de leurs vies. Bien sûr, ils regardent des films, mais ne sont pas particulièrement attirés par ce milieu. « Je fantasmais sur Loïs Lane », s’amuse Karim.

Quatre saisons

Un matin, ils écrivent une bribe de scénario, sans vraiment de dialogues, font appel à des copains, tournent un épisode avec les moyens du bord ou presque, publient le soir sur YouTube. Réitèrent l’expérience en peaufinant leur technique les jours suivants. La première saison des Déguns est née.

Depuis, quatre saisons ont été diffusées sur YouTube, avec de prestigieux guests, de Soprano à Jul. Dès la seconde saison, les « Déguns » se font accompagner par Hyper Focal production, une boîte de production qui permet aux Marseillais d’apprendre sur le tas et professionnaliser leur programme, avec l’espoir de montrer le potentiel cinématographique de la série.

Un « Déguns » 2 ?

Et c’est chose faite : ce mardi soir, dans une salle à guichets fermés s’est déroulée à Marseille la dernière avant-première du film avec, dans les rôles-titres, Karim et Nono. Leurs familles étaient dans l’assistance, pour les voir pour la première fois sur grand écran. « C’est peut-être à eux que ça a fait le plus bizarre, analyse Nono. Ils sont contents pour nous, mais ils ont peur aussi. Les mauvaises fréquentations, la drogue… » Pour eux, cette avant-première est qu’une étape de plus, après un tournage terminé en avril dernier seulement et plusieurs mois de postproduction.

Aussi, en ce jour de sortie, les ongles de Nono, de nature anxieuse, sont en voie de disparition, dans l’attente des retours du public. Mais cela n’empêche d’envisager d’ores et déjà un « Les Déguns 2 ». Les deux amis assurent que « viser la lune, ça leur fait pas peur », – à imaginer avec la voix de Karim, en pleine cover d’Amel Bent.

« Si notre trajectoire peut servir d’exemple, tant mieux », se réjouit Nono. Et d’adresser un message à ceux qui partiraient du même point de départ et espèrent suivre leurs pas. « N’ayez pas peur des critiques, commencez, même sans moyen, et utilisez bien votre temps. » Et craignez dégun, bien sûr.

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