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Illustration d'un nouveau-né à la maternité. — PHILIPPE HUGUEN / AFP

FAMILLE

Quels prénoms les immigrés donnent-ils à leurs descendants ?

Dans une étude qui paraît ce mercredi, des chercheurs de l’Ined ont analysé les prénoms qui sont le plus souvent donnés aux enfants et petits-enfants d’immigrés

  • Si les immigrés ont donné des prénoms rappelant leurs origines à leurs enfants, la majorité de leurs petits-enfants portent un prénom courant en France.
  • Cela illustre un effet de mode, mais aussi un souci de les protéger d’éventuelles discriminations.
  • D’autres familles font le choix de prénoms qui fonctionnent dans les deux cultures.

Appeler son bébé Victor ou Nassim ? Maria ou Lucie ? Un dilemme pour les personnes immigrées* dont les enfants naissent en France. Ils hésitent parfois entre un prénom très courant en France ou un autre, qui refléterait davantage leurs origines. Une étude de l’Ined (Institut national d’études démographiques) parue ce mercredi montre que si les immigrés de la première génération ont donné des prénoms rappelant leurs origines à leurs enfants, la majorité des petits-enfants d’immigrés portent un prénom courant en France, qui reflète donc les goûts dominants.

« Ces parents choisissent un prénom dans l’air du temps, qui peut être inspiré par un personnage de film, de série, le prénom d’une star… D’où la fréquence de prénoms internationaux, à côté de prénoms anciens français redevenus à la mode et de prénoms originaux », observe Patrick Simon, chercheur à l’Ined. Les Enzo, Laura, Thomas, Léa, Lucas, Nicolas, Ethan, Mila, sont par exemple très souvent attribués ces dernières années. Mais ce choix peut révéler d’autres intentions : « Il peut aussi refléter le souci d’épargner de futures discriminations à son enfant au cours de sa vie. Car plusieurs études et testings ont démontré que porter un prénom d’origine maghrébine, africaine ou asiatique pouvait être un facteur de discrimination lors d’un processus de recrutement ou pour trouver un logement », poursuit le chercheur.

Des prénoms qui fonctionnent dans les deux cultures

Pour éviter d’exposer leurs enfants à des difficultés futures, d’autres parents d’immigrés ont fait un choix différent : « Ils leur ont donné un prénom qui marche dans la culture française et dans celle de leur pays d’origine de leur famille, comme Inès ou Adam. C’est une sorte de stratégie d’invisibilité », commente Patrick Simon. Ce choix d’un prénom qui véhicule deux héritages culturels est particulièrement fréquent chez les couples mixtes. Dans la même logique, certains de ces couples mixtes donnent un premier prénom français à leur enfant et un deuxième arabo-musulman, par exemple. « Le premier va être utilisé à l’école et le second dans le cadre familial », observe le chercheur.

Ou le choix de conserver la trace de ses origines

Plus rares sont les enfants d’immigrés qui font le choix de signifier leurs origines familiales dans l’attribution d’un prénom à leurs enfants. « Ce sont le plus souvent des personnes issues de familles immigrées de pays du Maghreb, qui vont souvent donner à leurs enfants un prénom arabo-musulman (23 % des petits-enfants d’immigrés maghrébins portent un prénom arabo-musulman). Mais aussi des familles d’Europe du Sud (Italie, Espagne, Portugal) », constate Patrick Simon. Et ce, dans un but bien précis : « Ils veulent démontrer leur fidélité à leur culture d’origine, marquer leur appartenance à une communauté. Les parents considérant la religion comme très importante dans leur vie ont aussi davantage tendance à donner des prénoms arabo-musulmans », explique le chercheur.

Si les garçons ont plus souvent un prénom arabo-musulman que les filles dans une même famille, ce n’est pas un hasard non plus, souligne le chercheur : « Les prénoms masculins sont plus identifiés et les garçons sont davantage investis par leurs parents », analyse-t-il. Concernant les parents issus de familles originaires d’Europe du Sud, ils sont d’autant plus enclins à donner un prénom de leur pays d’origine à leurs enfants que leur culture est valorisée en France : « La littérature et le cinéma italien ont contribué, par exemple, à donner un caractère prestigieux aux prénoms italiens. S’appeler Sofia ou Lino, c’est perçu comme chic », estime le chercheur.

*Personne née étrangère à l’étranger et résidant en France, selon la définition utilisée par l’Ined.

 

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