Le procureur de la République de Nice Jean-Michel Prêtre — F. Binacchi / ANP / 20 Minutes

BAROUD D'HONNEUR

Nice : Muté à Lyon après l'affaire Legay, le procureur règle ses comptes à son pot de départ

Selon lui les modalités de son départ « portent une atteinte injuste et inacceptable à [son] honneur et à [sa] considération professionnelle »

  • Muté à Lyon, le procureur de la République de Nice a fait le bilan de son expérience parfois mouvementée.
  • Il a dénoncé à propos de son départ « une atteinte injuste et inacceptable à [son] honneur et à [sa] considération professionnelle ».
  • Il s’est notamment défendu d’avoir voulu protéger Emmanuel Macron au moment de l’affaire Legay.

Un pot de départ aux allures de procès pour ses détracteurs. Ce mardi, le procureur de la République de Nice Jean-Michel Prêtre a fait ses adieux à sa juridiction non sans égratigner – mais sans jamais le nommer - le ministère de la Justice qui a décidé sa mutation (ou plutôt sa rétrogradation) près la cour d’appel de Lyon où il sera avocat général. Ces modalités de départ « portent une atteinte injuste et inacceptable à mon honneur et à ma considération professionnelle », a lancé le magistrat, souvent ému, devant ses collègues et des élus.

C’est sa gestion de l’affaire Geneviève Legay, la septuagénaire blessée à la tête lors d’une manifestation non autorisée des gilets jaunes à Nice en mars 2019, qui aurait précipité sa mutation. Il avait notamment été mis en cause pour avoir confié l’enquête à la Sûreté départementale, le service impliqué dans l’opération de maintien de l’ordre le jour des faits. Mais aussi pour avoir cherché, selon des propos rapportés dans Le Monde, à ne pas « mettre le chef de l’Etat dans l’embarras ».

Les points sur les i avec les journalistes

D’après le quotidien, repris par de nombreux médias, le procureur avait dans un premier temps affirmé que la manifestante n’avait pas été bousculée par les forces de sécurité pour ne pas apporter de « divergences trop importantes » suite à une déclaration d’Emmanuel Macron. Le magistrat admettait finalement l’inverse quelques jours plus tard.

L’occasion aussi pour Jean-Michel Prêtre de remettre les points sur les i avec les journalistes. « Je n’ai jamais reconnu avoir menti ainsi que la presse le prétend comme si cela était imaginable, a-t-il déclaré. Je n’ai jamais non plus dit avoir voulu couvrir ou protéger le président de la République ou ne pas avoir voulu mettre le chef de l’Etat dans l’embarras. La mise en doute de ma bonne foi n’est fondée sur rien de réel. »

« Dérangé des intérêts et des personnes »

Nommé il y a quatre ans et demi dans la capitale azuréenne, Jean-Michel Prêtre était également en première ligne juste après l’attentat de la promenade des Anglais, pour lequel son implication a été saluée par le président du TGI de Nice. Marc Jean-Talon a notamment loué son « sang-froid, son sens humain et sa dignité ».

Mais c’est sur les suites de ce même dossier que le procureur a également été pointé du doigt. Des juges d’instruction chargés de l’enquête, toujours en cours, sur les éventuelles failles de sécurité le soir du 14 juillet 2016, se montrant critiques sur un classement sans suite des plaintes.

Ce procureur, dont l’action à Nice, a, selon ses propres dires, « dérangé des intérêts et des personnes », a été également mis en cause dans une autre affaire. Fin 2018, son bureau ainsi que son domicile avaient été perquisitionnés dans le cadre d’une enquête sur la succession de l’hôtel Negresco, palace niçois sous administration judiciaire depuis 2013. Les enquêteurs auraient cherché à savoir si Jean-Michel Prêtre aurait pu avoir outrepassé ses pouvoirs voire favorisé un candidat repreneur, en saisissant le tribunal de commerce en 2017.

Xavier Bonhomme nommé à sa place

Pourtant, selon le magistrat, « cette mutation d’office porte la question d’une atteinte disproportionnée à l’indépendance de l’autorité judiciaire, après qu’il ait été officiellement et publiquement annoncé qu’aucune faute disciplinaire n’était établi contre [lui]. »

D’après Le Monde, c’est le procureur de Pointe-à-Pitre Xavier Bonhomme qui pourrait prendre la suite de Jean-Michel Prêtre à la tête du parquet de Nice.

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