En poursuivant votre navigation, vous acceptez l’utilisation des cookies afin de vous proposer du contenu, des services et des publicités personnalisés selon vos centres d’intérêts.

Pour en savoir plus consultez notre politique de protection des données personnelles.

Clint Eastwood à l’avant-première de son film « Le Cas Richard Jewell », à Los Angeles, le 20 novembre 2019. — Sthanlee Mirador/Sipa USA/SIPA

CINEMA

« Le Cas Richard Jewell »: Pourquoi le dernier film de Clint Eastwood indigne un journal d'Atlanta

« Le cas Richard Jewell », sorti vendredi aux Etats-Unis et inspiré d’une histoire vraie, s’est attiré les foudres du quotidien « The Atlanta Journal-Constitution ».

  • Sorti vendredi aux Etats-Unis et attendu en février dans les salles françaises, « Le Cas Richard Jewell », le nouveau film de Clint Eastwood, retrace l’histoire d’un homme soupçonné à tort par les médias d’être à l’origine de l’attentat qui a fait deux morts lors des JO d’Atlanta en 1996.
  • « The Atlanta Journal-Constitution » s’indigne qu’une scène sous-entende qu’une de ses journalistes a proposé à un agent du FBI de coucher en échange d’une information et dénonce un portrait « choquant » et « faux ».
  • Samedi, le scénariste a réagi auprès du site Deadline en accusant le « Atlanta Journal-Constitution » de vouloir faire diversion en refusant d’admettre d’avoir joué un rôle « dans la destruction d’un homme bon ».

Un journal d’Atlanta versus le film de Clint Eastwood. C’est le match à distance qui se joue depuis une quinzaine de jours aux Etats-Unis, au sujet du Cas Richard Jewell, le nouveau long-métrage du réalisateur américain, sorti vendredi dans les salles nord-américaines. Ce n’est pas l’intrigue – l’histoire vraie d’un homme suspecté à tort de terrorisme – qui suscite la controverse, mais la manière dont est dépeinte une journaliste du quotidien The Atlanta Journal-Constitution qui a réellement existé. Explications.

Le nouveau film de Clint Eastwood est inspiré d’une histoire vraie, celle d’un ancien policier, Richard Jewell qui, lors des Jeux olympiques de 1996 à Atlanta, a trouvé un sac à dos contenant une bombe. L’explosion a fait deux morts et plus de 100 blessé, mais l’alerte a permis de mettre à l’abri des centaines de personnes et donc de sauver de nombreuses vies. D’abord perçu comme un héros, cet homme de 33 ans a rapidement été présenté comme un suspect par les médias, qui l’ont dépeint de manière peu flatteuse. Or, il n’a jamais été interpellé ou mis en examen. Le véritable coupable, Eric Rudolph, a d’ailleurs été arrêté en 2003 et condamné à la prison à vie en 2005.

Olivia Wilde incarne Kathy Scruggs, l’une des journalistes qui avait avancé que Richard Jewell était considéré comme un « suspect » par le FBI – qui l’avait finalement innocenté trois mois plus tard. Le film la montre proposer à un agent du FBI, Tom Shaw (joué par Jon Hamm), de coucher avec elle en échange de l’information sur l’identité du suspect de l’attentat. D’après le site Deadline, la scène se déroule dans un bar et Tom Shaw se contente de répondre : « Kathy, tu n’as pas pu leur faire cracher l’info. Qu’est-ce qui te fait penser que tu peux me la faire cracher ? » (« Kathy, you couldn’t fuck it out of them. What makes you think you could fuck it out of me ? »).

Précision importante : le personnage incarné par Jon Hamm dans le film est inventé et inspiré de plusieurs personnes existantes. Le scénariste, Billy Ray, a en revanche choisi de conserver le nom de Kathy Scruggs.

Jeudi, The Atlanta Journal-Constitution (AJC), le quotidien pour lequel Kathy Scruggs travaillait à l’époque, a dénoncé le portrait « choquant » et « faux » de sa rédactrice, décédée en 2001, brossé par Clint Eastwood. « Le film commet exactement le péché dont il accuse les médias : il invente des faits de toutes pièces », s’est agacé Kevin Riley, rédacteur en chef de l’AJC, auprès de l’AFP.

Quelques jours plus tôt, Cox Enterprises, propriétaire du journal d’Atlanta, a envoyé une lettre pour demander aux réalisateur et aux studios Warner Bros de déclarer publiquement que « certains événements ont été imaginés à des fins artistiques ». La missive déplore le fait que le journal et ses employés soient « dépeints de manière inexacte et diffamatoire » et demande qu’un avertissement clair soit ajouté au film.

Or, Le Cas Richard Jewell, sorti vendredi aux Etats-Unis, se contente de préciser, à la fin du générique, qu’il est « fondé sur des événements historiques réels », mais que certains dialogues et éléments ont été créés pour les besoins de l’histoire. Dans sa réponse à Cox Entreprises, Warner Bros avance que le film s’appuie « sur une grande quantité d’éléments matériels hautement crédibles » et que « les allégations de l’AJC sont sans fondement ».

Notons que Richard Jewell – décédé en 2007 à l’âge de 44 ans, de problèmes cardiaques liés à un diabète – avait poursuivi en justice de nombreux médias en diffamation, dont l’AJC, et qu’un tribunal avait reconnu que les informations du journal autour de l’attentat et de l’enquête étaient exactes à l’époque de leur publication.

La scène controversée a été accusée de représentation sexiste. Kevin Riley, le rédacteur en chef de l’AJC, qui dit n’avoir pas vu le film, a déclaré que si Le cas Richard Jewell [dépeignait une proposition d’échange d’information contre des faveurs sexuelles], « c’est choquant est profondément perturbant en pleine période #MeToo ».

« [Kathy Scruggs] était une journaliste de faits divers de grand talent. Elle entretenait des relations étroites avec les policiers et le FBI pour l’aider à nourrir ses articles et oui, selon, tous les témoignages, elle était en relation avec différentes personnes dans ce domaine », a réagi Olivia Wilde le 3 décembre auprès du site Deadline. Et de pointer le deux poids de mesures au sujet de l’éthique professionnelle : « Ce qui me dérange, c’est que l’on résume mon personnage à ce que sous-entend cette scène alors que je ne vois personne se plaindre que l’on sous entende que le personnage de Jon Hamm ait eu une relation avec un journaliste. Je trouve injuste que Kathy ait été réduite à ça. »

Les arguments de l’actrice n’ont cependant pas fait mouche et elle s’est fendue d’une nouvelle mise au point jeudi sur Twitter. « La relecture fictionnelle de l’histoire, telle que je l’ai comprise, suppose que Kathy et l’agent du FBI qui a lui fourni la fausse information entretenaient déjà une relation sentimentale, et qu’il ne s’agissait pas d’un échange d’informations contre du sexe. » « Contrairement à certains gros titres, je ne crois pas que Kathy ait « couché pour des infos ». (…) Je n’ai jamais eu l’intention de sous-entendre cela. Cela serait une négation épouvantable et misogyne du difficile travail qu’elle a accompli », a également tweeté Olivia Wilde.

Samedi, ce fut au tour de Billy Ray, le scénariste du long-métrage, de remettre une pièce dans la machine. Pour lui, The Atlanta Journal-Consitution n’assume pas d’avoir porté atteinte à la réputation de Richard Jewell. « Ce film parle d’un héros dont la vie a été entièrement détruite par des mensonges créés par le FBI et les médias, et particulièrement l’AJC », a-t-il déclaré à Deadline. « L’AJC a lynché publiquement Richard Jewell. Ils ont largement éditorialisé et présenté des hypothèses comme des faits. (…) Vingt-trois ans plus tard, un film leur offre l’opportunité de faire amende honorable pour ce qu’ils ont fait à Richard et d’admettre leurs méfaits, suggère Billy Ray. Et que décident-ils ? De lancer une campagne de diversion. Ils détournent et déforment. Ils se focalisent sur une seule minutes dans un film de 129 minutes, en reprochant une assertion plutôt qu’en acceptant le rôle qu’ils ont joué dans la destruction d’un homme bon. »

La controverse n’est donc pas éteinte et pourrait à nouveau rebondir dans les heures et jours à venir. Le public français pourra se faire son avis sur l e sujet lors de la sortie du Cas Richard Jewell dans les salles le 19 février 2020.

À la une