Le procès d'Alexandre Benalla doit durer jusqu?au 1er octobre — THOMAS COEX / AFP

AUDIENCE

Procès Benalla : « La chronique d’une sortie de route annoncée »… Dix-huit mois de prison avec sursis requis contre l’ex-chargé de mission de l’Elysée

Thibaut Chevillard

Le parquet a également requis une amende de 500 euros contre Alexandre Benalla, jugé pour des violences commises lors de la manifestation du 1er mai 2018

  • Alexandre Benalla, 30 ans, est jugé depuis lundi pour avoir violenté et interpellé des manifestants, le 1er mai 2018, alors qu’il suivait la police en tant qu’observateur.
  • Il est aussi accusé d’avoir détenu illégalement une arme à feu qu’il a exhibée sur une photo révélée dans la presse, et pour avoir continué à voyager avec des passeports diplomatiques plusieurs mois après son licenciement. 
  • Le parquet a requis jeudi 18 mois de prison avec sursis et 500 euros d’amende à l’encontre de l’ancien chargé de mission de l’Elysée.

Au tribunal judiciaire de Paris,

Durant quatre heures, le procureur Yves Badorc a tenté de synthétiser les faits reprochés aux quatre prévenus. « C’est la chronique d’un dérapage ou d’une sortie de route annoncée », résume le représentant du ministère public ce jeudi. Pour le magistrat, l’affaire « a déjà été jugée par le tribunal de l’opinion ». « Les prévenus sont coupables, ils ont été marqués au fer rouge des réseaux sociaux et de l’hypermédiatisation et confinés avant l’heure ».

Alors, il prend le temps de décortiquer le scénario qui s’est noué, le 1er mai 2018, à Paris, entre le Jardin des plantes et la place de la Contrescarpe. Les protagonistes de l’affaire, Alexandre Benalla, Vincent Crase, Maxence Creusat et Laurent Simonin, sont assis sur des chaises installées face à lui et l’écoutent attentivement requérir à leur encontre des peines allant de 2 à 18 mois de prison avec sursis.

Alexandre Benalla

« Professionnel reconnu et compétent », Alexandre Benalla « s’est brûlé les ailes en repoussant les limites de ce qui est autorisé », estime le procureur. Invité le 1er mai 2018 à venir observer le travail des forces de l’ordre, il a « agi avec des policiers, comme des policiers et parfois à la place des policiers ». Or, « observer signifie regarder, un point c’est tout », estime le magistrat.

Tout au long de son procès, l’ex-chargé de mission de l’Elysée n’a cessé de se défendre en assurant avoir respecté l’article 73 du code de procédure pénale. A l’entendre, il serait venu en aide aux CRS pour interpeller des gens qui s’en prenaient à eux. Mais ce jour-là, « les forces de l’ordre étaient suffisamment nombreuses, elles n’ont jamais été débordées » et le prévenu « n’avait pas à se joindre à cette action de police », balaie le magistrat.

Surtout, certaines des personnes interpellées et violentées n’avaient rien fait justifiant leur intervention, à l’image de Simon D. et Mélisande C.. Quant à Georgios D. et Chloé P., qui ont reconnu avoir lancé une carafe sur les forces de l’ordre, on est très « éloigné des blacks blocs » décrits par les prévenus.

Le procureur demande aussi sa condamnation pour avoir porté une arme sans autorisation le 28 avril 2017 à Poitiers après un meeting de campagne du candidat Macron. Enfin, le magistrat estime qu’Alexandre Benalla doit être reconnu coupable d’avoir utilisé, après son licenciement, deux passeports diplomatiques lors de onze voyages, en Afrique, au Maroc ou aux Bahamas, et d’avoir réalisé un faux document afin d’obtenir un autre passeport, de service cette fois.

Yves Badorc requiert 18 mois de prison avec sursis, dix ans d’interdiction de port d’arme, cinq ans d’interdiction d’exercer une fonction publique et 500 euros d’amende à l’encontre de l’ex-chargé de mission de l’Elysée. « Une condamnation pour solde de tout compte, pour que l’affaire Benalla s’efface devant un jugement, celui d’un homme âgé de 26 ans au moment des faits, et qui a répondu devant ses juges », souligne le magistrat.

Vincent Crase

« Un bon camarade, pour le meilleur et pour le pire. » Invité le 1er mai 2018 par Alexandre Benalla, l’ex-employé de LREM a « participé à une opération de maintien de l’ordre, ce qui caractérise le délit d’immixtion, au même titre que les interpellations » réalisées par les deux hommes. Le magistrat estime aussi que « les violences sont constituées dès lors que les interventions d’Alexandre Benalla et Vincent Crase ne sont pas légitimes ».

Vincent Crase doit aussi être reconnu coupable d’avoir porté une arme à feu qu’il n’avait pas le droit de sortir des locaux de la République en Marche. Il demande un an de détention avec sursis à l’encontre de cet ancien réserviste de la gendarmerie qui n’a pas d’antécédent judiciaire.

Maxence Creusat

Le ministère public requiert deux mois de prison avec sursis à l’encontre du jeune commissaire zélé, accusé d’avoir transmis, le 18 juillet 2018, des images de vidéosurveillance au collaborateur de l’Elysée, qui n’était pas autorisé à les recevoir. « Maxence Creusat a cru bien faire, mais n’aurait pas dû le faire, au regard de ses compétences unanimement reconnues », souligne l’autre procureure, Aude Duret. Pour elle, le policier « fait d’une pierre deux coups : en assurant la défense de l’Elysée, il assure sa propre défense. »

Laurent Simonin

A l’encontre du contrôleur général Laurent Simonin, le ministère public requiert 4 mois de prison avec sursis. Le policier avait donné son aval à Maxence Creusat pour que les images issues des caméras de surveillance soient remises à Alexandre Benalla. ll a aussi organisé la remise de ce CD-ROM en mettant en relation Maxence Creusat et Jean-Yves Henault, chargé des relations entre la DOPC [Direction de l’ordre publique et de la circulation] et l’Elysée. Le procureur Yves Badorc indique avoir pris en compte la carrière jusqu’alors exemplaire du policier.

Suivez le procès en direct sur le compte twitter de notre journaliste @TiboChevillard

À la une