Le « revenge porn » est un délit et est puni par la loi de deux ans d'emprisonnement et 60.000 euros d'amende. — Canva

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Affaire Griveaux : Le « “revenge porn” n’a pas de fin dans le temps, ça vous suit partout »

Cécile De Sèze

Victime d’un acte de divulgation de photos intimes sans son consentement, Benjamin Griveaux est un cas atypique dans les cibles du « revenge porn »

  • Disparu de la vie publique depuis 2020 et la divulgation d’images à caractère sexuel sans son consentement, Benjamin Griveaux revient dans l’actualité avec le procès de ses agresseurs qui s’ouvre mercredi.
  • L’ancien candidat à la Mairie de Paris a été victime de ce que l’on appelle le revenge porn, un acte considéré comme un délit dans le Code pénal mais encore trop peu puni dans les faits.
  • Qu’est-ce que le revenge porn ? Qui sont les victimes ? Que risquent les auteurs ? Réponses avec deux formatrices à la sexualité et au consentement, interrogées par 20 Minutes.

Quel est le point commun entre Jennifer Lawrence et Benjamin Griveaux ? Ils ont tous les deux été victimes de la diffusion de contenus à caractère sexuel sans consentement. Il y a presque dix ans, des photos intimes de l’actrice hollywoodienne ont été éparpillées sur Internet. En 2020, l’ancien candidat à la Mairie de Paris a connu une attaque de la même nature. Le couple Pavlenski-de Taddeo est ainsi jugé mercredi pour avoir diffusé des vidéos à caractère sexuel de Benjamin Griveaux. L’occasion de faire un petit point sur ce qu’on appelle communément le revenge porn, même si cette pratique ne concerne pas forcément la revanche et encore moins la pornographie.

Le « revenge porn », c’est quoi ?

L’expression en anglais veut dire « revanche pornographique », or, « avec le terme de vengeance on sous-entend une responsabilité de la victime, et le porno est quelque chose de consenti, de contractuel », alerte Diane Saint-Réquier, formatrice et éducatrice à la sexualité, interrogée par 20 Minutes. Les auteurs qui se rendent coupables, puisque c’est un délit, de revenge porn divulguent des « contenus privés à caractère sexuel sans le consentement de la personne qui figure sur le matériel en question », explique à 20 Minutes Juliette Sanchez-Lambert, formatrice chez Sex & Consentement. Une définition qui colle à celle que l’on retrouve sur le site du ministère de l’Intérieur : « un phénomène qui désigne le fait de rendre publique, sans le consentement de la victime, des images ou propos à caractère érotique échangés dans un cadre privé. »

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Souvent, ce sont des images envoyées dans le cadre d’une relation intime et de confiance qui se retrouvent partagées hors de ce cadre consenti. On pense alors fréquemment à la rupture amoureuse mais, selon Diane Saint-Réquier, « ça reste un contexte assez minoritaire ». « Beaucoup expliquent finalement que c’est "pour rire" ou "pour faire peur" à la victime », développe-t-elle. L’humiliation est aussi l’un des principaux buts recherchés par les auteurs de cette pratique condamnée par la loi. Mais elle peut aussi être utilisée dans le cadre d’un chantage, comme ça a été a priori le cas pour Benjamin Griveaux.

Qui sont les principales victimes ?

Le profil de la majorité des victimes est loin de celui de l’ancien secrétaire d’Etat Renaissance. Même si les hommes peuvent être concernés, les cibles sont majoritairement des femmes et plus encore des jeunes filles. « On retrouve également des personnes de la communauté LGBT+ qui vont souvent être victimes d'"outing" [le fait de révéler l’orientation sexuelle de quelqu’un sans son consentement] », ajoute Juliette Sanchez-Lambert. Les victimes de revenge porn sont les mêmes que les victimes de violences sexistes et sexuelles car il s’inscrit dans un cadre plus global de cybersexisme et plus encore de violences sexistes. C’est, encore une fois, une « vision biaisée » du consentement qui est au cœur du problème, selon Juliette Sanchez-Lambert : « La personne qui va diffuser a tendance à penser que l’image lui appartient puisqu’on lui a envoyé, elle estime par ailleurs que sa victime a donné son consentement puisqu’elle a accepté de lui partager l’image, alors que le consentement, en réalité, est spécifique. »

La pratique existe depuis bien avant le développement d’Internet. Mais depuis les débuts du « surfing » en ligne, les sextapes de célébrités comme celles de Pamela Anderson, de Kim Kardashian ou de Paris Hilton ont commencé à se retrouver à la disposition de tous. Avec Internet, « c’est devenu plus viral, ça touche encore plus de personnes et ça n’a pas de fin dans le temps, ça vous suit partout », prévient Juliette Sanchez-Lambert. L’essor des réseaux sociaux n’a rien arrangé. D’autant qu’avec les smartphones « tout le monde a accès à un téléphone, une caméra et les nudes se sont démocratisés », souligne-t-elle encore.

Que risquent les auteurs ?

« Le coupable est celui qui diffuse ! », martèle le ministère de l’Intérieur sur son site. En effet, le fait de diffuser des contenus, images, vidéos et même du texte, à caractère sexuel sans consentement est puni par la loi. Et lourdement. La pratique est considérée comme un délit par le Code pénal depuis 2016. « En l’absence d’accord de la personne pour la diffusion, de porter à la connaissance du public ou d’un tiers tout enregistrement ou tout document portant sur des paroles ou des images présentant un caractère sexuel, obtenu, avec le consentement », les peines sont portées à deux ans d’emprisonnement et à 60.000 euros d’amende, conformément aux articles 226-1 et 226-2.

Toutefois, les condamnations restent très rares par rapport au nombre de plaintes déposées. Ainsi, en 2020, sur plus de 3.000 plaintes déposées, moins de 200 personnes ont été condamnées, selon le JDD. La raison ? « Il est très difficile d’identifier l’auteur du partage ainsi que ceux qui repartagent le contenu derrière », explique Diane Saint-Réquier. Plus largement, c’est à l’image du ratio entre les plaintes pour violences sexistes et sexuelles et le nombre de condamnations, selon Juliette Sanchez-Lambert. « La justice a des difficultés à traiter le sujet et diminue parfois la gravité des faits », interprète-t-elle.

Que faire quand on est victime ?

Cacher les signes distinctifs comme des tatouages des piercings ou encore éviter de montrer un décor reconnaissable, de sa chambre par exemple, font partie des techniques pour se protéger du revenge porn. Car lorsque l’on est victime d’un tel acte d’humiliation, les répercussions psychologiques peuvent être très lourdes. « Il y a une dégradation de l’estime de soi, de la confiance envers les autres, on risque des troubles psychiques jusqu’à la dépression, tout cela peut mener à l’isolement et l’éloignement des amis et des proches », énumère Juliette Sanchez-Lambert.

Afin de limiter les répercussions psychologiques et sociales, il existe une démarche à suivre pour les victimes : « ne surtout pas se précipiter sur le signalement et la plainte, premièrement, il faut tout sauvegarder et prendre des captures d’écran de tout », conseille ainsi Juliette Sanchez-Lambert. Ensuite, « il faut se faire accompagner, par exemple par une association de soutien aux victimes de violences sexistes et sexuelles pour trouver du soutien et décider de la suite ». Il existe aussi le 3018, numéro national d’écoute des mineurs. Ce n’est qu’après avoir demandé de l’aide que l’on peut effectuer les signalements sur les plateformes et les réseaux sociaux où se trouvent les contenus et porter plainte auprès de la police. Il est également recommandé de faire un signalement sur la plateforme du gouvernement Pharos. Mais en aucun cas, la victime doit se sentir coupable, il n’y a pas de faute à envoyer des "nudes" à une personne de confiance. C’est, comme le souligne Diane Saint-Réquier, « cette personne qui se rend coupable de trahison ».

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