Jordan Bardella, pour le RN, était finalement le seul à défendre un référendum sur l'immigration. — JULIEN DE ROSA / AFP

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Rencontre de Saint-Denis : Les chefs de partis d’accord sur leurs désaccords sur le référendum

Rachel Garrat-Valcarcel

L’idée d’un référendum sur l’immigration semble définitivement évacuée à l’issue de la réunion des chefs de partis avec le président

De notre envoyée spéciale à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis)

Comme lors de leur première réunion fin août, il ne fallait pas attendre de révolution de la réunion des chefs et cheffes de partis avec Emmanuel Macron à Saint-Denis, ce vendredi, et il n’y en a pas eu. Au bout de près de dix heures de discussions (c’était douze la première fois) il en est tout de même ressorti une chose très concrète : il n’y aura pas de référendum sur l’immigration. Les partis de gauche, seulement représentés par le communiste Fabien Roussel et l’écologiste Marine Tondelier, avaient la tête des bons jours en sortant : « A cette heure, la possibilité d’avoir un référendum sur l’immigration n’est plus à l’ordre du jour », a déclaré le communiste. « Après des heures de discussions au Parlement sur le projet de loi immigration, peut être qu’on aura fait le tour du sujet », a dit en substance l’écolo.

Plus généralement, « le président a conclu qu’il n’y avait pas de majorité pour étendre le référendum sur les questions de société », a expliqué à la sortie le secrétaire général de Renaissance, Stéphane Séjourné. Même si le parti macroniste était plutôt favorable à cette mesure, il était moins enthousiaste sur l’immigration. En l’absence d’Éric Ciotti, président de Les Républicains, Jordan Bardella, son homologue du Rassemblement national, était en fait le « porte-parole » de la mesure. A la sortie, il en a profité pour apparaître seul contre tous sur un thème sur lequel il a le sentiment d’avoir l’opinion avec lui.

Une sanction pour Ciotti

L’issue aurait-elle été différente au sujet du référendum sur l’immigration si Éric Ciotti avait été là ? « Vous donnez beaucoup d’importance aux Républicains », a répondu Jordan Bardella, toujours soucieux d’apparaître comme le seul « parti de gouvernement », pour reprendre sa formule à l’arrivée, à droite. C’est vrai qu’avec le député de Nice en plus autour de la table, il n’y avait toujours pas ni de consensus, ni de majorité sur le sujet. Le président de LR pourra bien clamer qu’il a eu raison de ne pas venir, ce changement de pied sur un sujet qu’il porte fortement apparaît comme une sanction de son absence.

Sans aller jusque-là, l’entourage du président y voit là une incohérence majeure. Dans le pointage, on ne compte d’ailleurs pas le président LR du Sénat Gérard Larcher parmi les pros. Peut-être une pierre dans le jardin de la droite.

L’élargissement du champ du référendum n’était pas le seul sujet de discussion sur les institutions. Il y a la facilitation du référendum d’initiative partagé, dont on ne sait pas clairement si cette modification constitutionnelle là pourrait aller de l’avant. Près de la moitié de la réunion a été consacrée à un point sur la situation internationale, au Proche-Orient et en Ukraine bien sûr. « Le président a pu nous donner des informations que nous n’avions pas sur cette partie, mais sur le reste des sujets il a beaucoup moins parlé que la dernière fois. Il a posé les sujets et écouté. On n’a pas forcément entendu son point de vue, mais je n’ai pas eu l’impression que c’était le but de la réunion », a décrit Marine Tondelier. La cheffe des écologistes, qui a assumé sa présence, a réaffirmé qu’il était important « que les partis et le président discutent ».

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« Oui, c’est de la com, mais nous aussi on en fait. C’est bien de ne pas rester toujours sur l’actualité chaude, de faire des échanges de point de vue, c’était intéressant. »

Toujours est-il qu’à la fin de cette troisième réunion dans ce format, la deuxième vraiment sur les sujets de fond, la seule chose concrète qui en ressort c’est que… quelque chose n’aura pas lieu. Il n’y a rien de déshonorant à renoncer à un projet qui ne fait pas consensus et n’est même pas majoritaire auprès d’eux. Mais avait-on besoin de ce sommet politique pour s’en apercevoir ? Pas certain. Ça rend, pour le moment, le bilan de « l’initiative d’ampleur du président » très léger. Même si l’entourage du président insiste pour « ne pas faire de conclusions définitives » sur le « format Saint-Denis » avec ce résultat, on les sentait quand même moins enthousiaste que fin août. A l’époque, la présidence voulait « battre le fer tant qu’il est chaud » et aller vite. Là, une très hypothétique prochaine réunion pourrait avoir lieu dans trois mois. Mais sur quel contenu concret ?

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